A 100 ans, l’ancien président sénégalais n’est plus seulement un homme politique, il est un monument historique. De la clandestinité des années 70 à la magistrature suprême, récit d’un parcours séculaire marqué par une résilience hors norme.
Tout commence véritablement en 1974. Dans un paysage politique dominé par le Parti socialiste de Léopold Sédar Senghor, Abdoulaye Wade ose le pari de la rupture. Il fonde le Parti démocratique sénégalais (PDS). Ce n’est pas qu’une simple naissance partisane, c’est l’acte de naissance d’une nouvelle culture politique : celle de la contestation structurée. Pendant 26 ans, il devient « l’opposant historique ».
Surnommé le « Pape du Sopi » (changement en wolof), il parcourt les coins les plus reculés du pays, galvanise les foules et séduit une jeunesse en quête d’horizon. Son parcours est pourtant semé d’embûches : séjours en prison, exils prolongés en France et échecs électoraux répétés. Mais là où d’autres auraient renoncé, Wade peaufine sa stratégie.
En mars 2000, son abnégation paie. Le Sénégal connaît sa première alternance pacifique, un séisme démocratique qui fera date sur tout le continent africain.
Le bâtisseur aux chantiers pharaoniques
Porté au palais de l’Avenue Roume par une ferveur populaire immense, Abdoulaye Wade engage une course contre la montre. L’homme pressé veut transformer le visage du Sénégal. Son crédo : les infrastructures sont les veines du développement.
Sous son magistère, Dakar se métamorphose. L’autoroute à péage, première du genre en Afrique de l’Ouest, sort de terre. Il lance les travaux de l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD) et multiplie les projets éducatifs avec la création de nombreuses universités régionales. Mais sa vision dépasse les frontières nationales.
Théoricien du Plan Omega, il se fait l’infatigable avocat du panafricanisme, militant pour les Etats-Unis d’Afrique. Le Monument de la Renaissance africaine, dominant la capitale du haut de sa colline, reste, à ce jour, le symbole le plus spectaculaire, et parfois controversé, de cette ambition de grandeur.
L’art de la survie politique et le rôle de patriarche
Le crépuscule de son pouvoir, en 2012, est marqué par des turbulences. Sa volonté de briguer un troisième mandat déclenche une vive contestation sociale portée par le mouvement « Y’en a marre » et le M23. Malgré la défaite face à son ancien Premier ministre Macky Sall, Wade surprend, une fois de plus, par sa capacité de résilience.
Loin de prendre une retraite paisible, il reste le maître d’œuvre du PDS, gardant une influence directe sur le jeu politique national. Même dans ses moments de silence, sa parole reste attendue et crainte.
Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à célébrer son centenaire, l’émotion dépasse les clivages partisans. On ne salue plus seulement l’ancien président, mais le dernier témoin d’une époque, celui qui a prouvé que la trajectoire d’un homme peut, à force d’audace, se confondre avec le destin d’une nation.