Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, ancien porte-parole de la présidence de la République sous Ali Bongo Ondimba, est enfin sorti de son silence. Dans une longue tribune publiée sur son compte Facebook, l’ancien collaborateur du Palais du Bord de mer livre une réflexion incisive qui dépasse largement le cadre de la simple communication institutionnelle. Son analyse se révèle être une critique structurelle et profonde des mécanismes mêmes du pouvoir au Gabon.
Depuis de nombreux mois, la communication présidentielle se retrouve régulièrement sous le feu des critiques. Jugée trop discrète par certains, qualifiée de désorganisée par d’autres, elle subit des procès récurrents. Face à cette fronde, l’ancien communicant en chef rappelle une réalité qu’il affirme avoir lui-même vécue de l’intérieur : « Depuis 2024, j’entends la même phrase : « La communication présidentielle est nulle. Le responsable n’est pas efficace. Le Président doit virer tout le monde. » »
Pour Ike Ngouoni, le fait que ces exacts reproches traversent les époques et les régimes devrait profondément interpeller. « Si le problème résidait dans les hommes, la situation aurait évolué avec le temps et le changement de visages », analyse-t-il, avant de trancher : « Ce n’est pas un hasard. C’est le signal clair que le problème se situe ailleurs. »
Les « saboteurs » de l’ombre au cœur de l’appareil
Le propos est lourd de sens. L’ancien porte-parole ne remet pas en cause les compétences techniques des équipes successives. Il cible directement les tares structurelles de la gouvernance : la multiplication des centres de décision occultes, les guerres d’influence internes et les interférences parallèles qui finissent par brouiller totalement le message officiel. « Le danger le plus dévastateur est interne », soutient-il avec force. « C’est la parole officielle contredite par une source proche. C’est le conseiller qui dit autre chose en « off ». C’est le communiqué du matin démenti par les actes du soir. »
Cette sortie résonne comme une mise en garde limpide. Elle démontre qu’aucune stratégie d’information, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut survivre dans un écosystème marqué par des arbitrages chaotiques et des prises de parole concurrentes. L’image choisie par l’ex-porte-parole résume parfaitement sa pensée : « On reproche alors au thermomètre la fièvre qu’il mesure. » Une formule percutante qui renvoie la responsabilité aux décideurs politiques plutôt qu’aux artisans de l’image présidentielle.
La méthode Ike Ngouoni : trois conditions non négociables
Pour sortir de cette impasse, l’ancien bras droit d’Ali Bongo avance trois conditions qu’il juge indispensables à l’efficacité de la parole publique : « Un seul chef, doté d’une autorité réelle. Une stratégie unique et claire » et, enfin, « des moyens dédiés ». Des préalables qui relèvent purement de l’organisation politique du pouvoir et non du simple talent individuel des conseillers.
Au-delà de la défense naturelle de son propre bilan, cette tribune pose une question de fond majeure pour l’avenir politique du pays : les changements d’hommes au sommet de l’Etat suffisent-ils à transformer des pratiques de gouvernance solidement ancrées ? Si les critiques restent identiques malgré les alternances au sommet, c’est que le mal est systémique.
En affirmant avec cynisme que « remplacer les communicants produit rarement les miracles annoncés », Ike Ngouoni invite à un déplacement salutaire du débat. Pour lui, la véritable interrogation ne réside pas dans l’identité de celui qui porte la parole officielle, mais dans la capacité réelle des dirigeants à créer les conditions de sa cohérence.