Dans la prolongement de la visite d’État du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, la Première Dame, Zita Oligui Nguema, s’est rendue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Paul-Brousse de Villejuif, une référence européenne dans la prise en charge des dépendances. Ce déplacement hautement symbolique met en lumière un impératif national : la nécessité pour le Gabon de structurer sa réponse sanitaire face à l’augmentation de la consommation de stupéfiants et au manque criant de structures dédiées.
Les addictions constituent désormais l’un des défis de santé publique les plus alarmants du continent, et le Gabon n’y échappe pas. Si les forces de l’ordre multiplient les opérations coups de poing contre les réseaux de trafiquants, le volet thérapeutique reste le parent pauvre de cette lutte. C’est précisément dans cette brèche que s’inscrit la démarche de la Première Dame.
Cette immersion au cœur du dispositif français a permis à la délégation gabonaise de disséquer un modèle de prise en charge intégrée. Là-bas, le patient n’est pas traité comme un délinquant, mais comme un malade bénéficiant d’un triple accompagnement : médical, psychologique et social, orienté vers une réinsertion durable.

L’axe Paris-Libreville face à la détresse des familles
Accompagnée pour l’occasion par Brigitte Macron et guidée par le professeur Amine Benyamina, figure de proue de l’addictologie française, Zita Oligui Nguema a examiné les protocoles de prévention précoce et les parcours de soins personnalisés.
Cette quête de solutions fait directement écho à une crise de plus en plus visible sur le sol gabonais. Des artères de Libreville aux localités de l’intérieur, le fléau des drogues de synthèse (notamment le phénomène du « kobolo »), le détournement de médicaments psychoactifs et la consommation de cannabis rongent la jeunesse. Face à cela, le tissu social s’effrite et les familles, démunies, se heurtent à un vide institutionnel.

Sortir du tout-répressif : le défi des structures
Le constat sur le terrain est sans appel : le Gabon souffre d’un déficit structurel majeur. Les centres spécialisés sont quasi inexistants, l’accès aux consultations addictologiques est un luxe et le suivi psychologique post-cure demeure embryonnaire. Livrés à eux-mêmes, les proches des malades subissent la double peine de l’impuissance et de la stigmatisation sociale.
L’exemple de Villejuif démontre qu’une stratégie efficace ne peut reposer sur le seul bâton de la répression. Le salut réside dans une alliance thérapeutique combinant la prévention en amont, les soins cliniques en aval et le soutien psychologique aux familles.
Vers un nouveau modèle de santé publique
Bien qu’aucune annonce budgétaire ou bilatérale immédiate n’ait sanctionné cette visite, ce déplacement trace les contours d’une future feuille de route. Il traduit une volonté politique de s’inspirer des meilleures pratiques internationales pour moderniser les politiques publiques gabonaises.
Au-delà du démantèlement des réseaux criminels, le Gabon ouvre ainsi un nouveau chantier humanitaire et sanitaire, celui de la réhabilitation des personnes dépendantes, pour que l’addiction soit enfin traitée comme une urgence médicale et non plus comme un simple problème d’ordre public.
Par Agnès Laplumacerbe, Envoyée spéciale à Paris









