En marge des célébrations de la Fête de la Libération à Makokou, le gouvernement a donné le coup d’envoi d’une initiative écologique sans précédent. Baptisé «Gabon Infini », ce Projet de financement pour la permanence (PFP) va mobiliser près de 200 millions de dollars sur une décennie. L’objectif : sanctuariser la biodiversité gabonaise tout en sortant les communautés rurales de la précarité.
Le timing n’a pas été choisi au hasard. Alors que les projecteurs étaient braqués sur la province de l’Ogooué-Ivindo pour commémorer le « Coup de la Libération », le gouvernement gabonais a choisi cette tribune pour acter son ambition verte. L’officialisation du programme « Gabon Infini », samedi dernier à Makokou, marque un tournant stratégique. À travers un modèle de Projet de financement pour la permanence (PFP), le Gabon scelle une alliance financière et écologique de premier plan avec l’ONG internationale The Nature Conservancy (TNC) et le Fonds de préservation de la biodiversité au Gabon(FPBG).
À la clé, une enveloppe colossale de 113 milliards de FCFA (environ 200 millions de dollars) étalée sur les dix prochaines années. Une manne financière qui entend prouver que la rigueur de la conservation environnementale peut rimer avec prospérité humaine.

L’humain au cœur du sanctuaire écologique
Pendant longtemps, les politiques de conservation en Afrique subsaharienne ont souffert d’un syndrome d’exclusion, opposant la protection de la faune aux besoins vitaux des populations autochtones. « Gabon Infini » ambitionne de briser ce paradigme. Ce mégaprojet cible directement près de 100 000 bénéficiaires vivant à la lisière des parcs nationaux et des zones protégées.

Le plan d’action mise sur l’autonomisation économique à travers le développement de filières durables. Écotourisme de pointe, artisanat local, pêche responsable, foresterie communautaire et valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL) constituent les piliers de cette transition inclusive. De plus, une part cruciale des fonds sera allouée à la résolution du douloureux conflit homme-faune, un fléau qui mine quotidiennement l’agriculture de subsistance dans l’arrière-pays.
« Au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain et nos communautés au cœur du développement. », a déclaré Hermann Immongault, Vice-Président du Gouvernement
Le modèle gabonais face au défi mondial du « 30×30 »
Pour les partenaires internationaux, le Gabon demeure le laboratoire idéal de la diplomatie verte. Ademola Ajagbe, directeur régional Afrique de The Nature Conservancy, n’a pas tari d’éloges sur le leadership de Libreville, rappelant le rôle de verrou climatique que joue le pays grâce à son immense couvert forestier.
Sur le plan technique, la feuille de route s’adosse au Plan de développement communautaire et de conservation (PDCC). Les ambitions sont vertigineuses : l’accord prévoit la création de 3,7 millions d’hectares supplémentaires d’aires protégées, tout en modernisant la gouvernance de 3,8 millions d’hectares de réserves déjà existantes.
Cette offensive environnementale doit permettre au Gabon de sécuriser, avec quatre ans d’avance, son objectif national « 30×30 » : sanctuariser 30 % de ses écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins d’ici 2030. En réussissant le pari de l’ancrage local, le pays ne se contente pas de protéger sa biodiversité ; il tente d’ériger son modèle en référence mondiale pour le Sud global.












