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Gabon : L’iboga, cet or vert spirituel qui échappe encore à l’économie nationale

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Alors que l’intérêt scientifique mondial pour cette plante sacrée explose, une conférence au Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) a tiré la sonnette d’alarme. Entre biopiraterie et flou juridique, le Gabon peine à capitaliser sur son patrimoine le plus emblématique.

Le 29 mai dernier, l’hémicycle du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) s’est transformé en un laboratoire d’idées crucial pour l’avenir du pays. La société civile s’est rassemblée autour d’un thème ambitieux : « L’Iboga au cœur de la nouvelle religion monothéiste issue du Gabon : source de développement durable, médicinal, de la coopération et du capital humain ». Objectif : lier l’avenir de cette plante sacrée à la souveraineté nationale, entre urgence écologique et opportunités financières.

Pour les intervenants, le constat est que l’iboga dépasse largement le cadre de la simple ressource forestière. Cet arbuste, racine du patrimoine gabonais, représente un levier stratégique majeur pour diversifier une économie nationale encore trop dépendante des énergies fossiles. La valorisation des savoirs ancestraux et le développement d’une médecine traditionnelle moderne apparaissent désormais comme des secteurs d’avenir crédibles.

Pourtant, le paradoxe gabonais persiste. Si la communauté scientifique internationale s’enflamme pour les vertus thérapeutiques et anti-addictives de la plante, les retombées locales restent dérisoires. Le Gabon regarde le monde s’enrichir avec sa ressource, sans en capter la valeur ajoutée.

Le spectre de la biopiraterie

Les débats ont rapidement mis en lumière les menaces qui pèsent sur la filière. Le trafic illégal transfrontalier et la biopiraterie se multiplient, entraînant une appropriation culturelle et scientifique sauvage à l’étranger. Face à ce pillage silencieux, les organisateurs ont exigé un durcissement immédiat du cadre juridique et institutionnel. Protéger ce patrimoine est une question de sécurité nationale pour assurer au Gabon une place de leader mondial dans sa distribution.

Cette protection passe aussi par la reconnaissance globale du Bwiti. Pour les promoteurs de la rencontre, la dimension spirituelle de l’iboga ne doit plus être isolée, mais pleinement intégrée aux politiques publiques de conservation et de promotion de la biodiversité.

Structurer la filière de demain

Pour sortir de l’impasse, la conférence a tracé des pistes concrètes pour bâtir une véritable économie de l’iboga : création d’une filière industrielle nationale et structurée ; fondation de centres de recherche scientifiques spécialisés ; professionnalisation accrue de la médecine traditionnelle ; transformation locale obligatoire des produits pour créer de l’emploi ; renforcement des accords de coopération internationale.

En replaçant l’iboga au centre de l’échiquier politique, cette rencontre aura eu le mérite de poser la seule question qui vaille à l’heure de la mondialisation : le Gabon saura-t-il enfin reprendre le contrôle de sa souveraineté biologique, culturelle et spirituelle ?

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