AccueilA La Une"Mars Jaune 2026" au Gabon : L’éveil d’une conscience nationale face à l’endométriose

“Mars Jaune 2026” au Gabon : L’éveil d’une conscience nationale face à l’endométriose

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Longtemps reléguée au silence et à l’incompréhension, l’endométriose s’impose désormais dans le débat public gabonais. À travers la campagne « Mars Jaune 2026 », une mobilisation inédite a émergé, mêlant sensibilisation, plaidoyer et interpellation des pouvoirs publics.

À Libreville, la campagne « Mars Jaune 2026 » a marqué un tournant significatif dans la lutte contre l’endométriose. Placée sous le slogan « Parce que la douleur des femmes ne doit plus être ignorée », cette initiative, portée par l’association EndofiGabon, a rythmé tout le mois de mars à travers une série d’actions d’envergure.

Lancée officiellement le 28 février lors d’une intervention au journal télévisé de Tegh-Yess Moutchinga Moutchinga-Ngoussi, présidente de l’association, la campagne s’est déployée sur plusieurs fronts. Interventions médiatiques sur des chaînes de radio et télévision privée et publique, sensibilisations dans les administrations et entreprises — de l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF) au ministère des Travaux publics, en passant par Vivo Energy et la Chambre de commerce —, conférences médicales au Centre hospitalo-universitaire de Libreville (CHUL), actions communautaires à Lambaréné, échanges avec les parlementaires : la stratégie s’est voulue globale.

"Mars Jaune 2026" au Gabon : L’éveil d’une conscience nationale face à l’endométriose
Vêtus de jaune, des centaines de Gabonais marchent pour la reconnaissance d’une douleur longtemps ignorée. ©gabonclic.info

Cette approche multisectorielle répond à un impératif : rendre visible une maladie encore largement méconnue, souvent banalisée et diagnostiquée tardivement. En creux, elle révèle surtout les insuffisances structurelles du système de santé face à une pathologie longtemps reléguée au second plan.

L’endométriose, une maladie silencieuse et invalidante

Au cœur de cette mobilisation se trouve une réalité médicale encore trop ignorée. L’endométriose est une maladie chronique caractérisée par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus. Elle provoque des douleurs intenses, notamment lors des règles, mais aussi des troubles digestifs, une fatigue persistante et, dans de nombreux cas, des problèmes de fertilité.

Invisible mais profondément invalidante, cette pathologie souffre d’un retard de diagnostic préoccupant. Trop souvent assimilées à de simples douleurs menstruelles, les souffrances des patientes sont minimisées, retardant leur prise en charge. Au-delà du médical, l’endométriose pose ainsi une question de reconnaissance sociale de la douleur féminine.

Un plaidoyer structuré face à une reconnaissance encore fragile

Dans ce contexte, la parole des acteurs de terrain prend une dimension particulière. « Trop longtemps, l’endométriose a été ignorée, minimisée, voire niée. » La déclaration de Madame Moutchinga Moutchinga-Ngoussi résume, à elle seule, l’enjeu du combat.

L’association EndofiGabon plaide pour des avancées concrètes : faciliter le diagnostic, adapter les parcours de soins et reconnaître pleinement la maladie. Trois axes majeurs structurent désormais cette revendication : la reconnaissance de l’endométriose comme affection de longue durée, le renforcement de la formation des professionnels de santé et l’amélioration de l’accès aux solutions de fertilité.

Si une écoute accrue des autorités est saluée, les attentes restent fortes. À l’instar des campagnes Octobre Rose et Novembre Bleu, l’institutionnalisation de « Mars Jaune » apparaît comme un levier essentiel pour inscrire durablement cette cause dans les politiques publiques.

"Mars Jaune 2026" au Gabon : L’éveil d’une conscience nationale face à l’endométriose
Une mobilisation inédite pour briser le silence autour d’une maladie encore méconnue. ©gabonclic.info

Une mobilisation populaire et politique qui change la donne

Point d’orgue de cette dynamique, la marche du 28 mars 2026 a rassemblé une foule importante dans les rues de Libreville. Vêtus de jaune, couleur internationale de la lutte contre l’endométriose, les participants ont relié le Lycée d’État à la Résidence Floria, offrant une visibilité inédite à cette cause.

La présence de la ministre de la Santé, Pr Elsa Joséphine N’kana Ayo-Bivigou, a conféré à l’événement une portée institutionnelle forte. « La santé et la dignité des femmes constituent une priorité absolue de l’action publique », a-t-elle dit. Une déclaration qui engage, tant les besoins exprimés — accès au diagnostic, prise en charge adaptée, accompagnement psychologique, soutien à la fertilité, renforcement de la recherche — demeurent pressants.

Aux côtés des autorités, des acteurs institutionnels comme Emmanuel Berre, premier adjoint au maire de Libreville, ainsi que des figures publiques telles que Shan’l et Landry Ifouta, ont renforcé la portée de la mobilisation. La participation des « endoproches » témoigne, quant à elle, d’une évolution notable : l’endométriose n’est plus seulement une affaire de patientes, mais une cause collective.

Vers un tournant décisif ?

À bien des égards, « Mars Jaune 2026 » dépasse le cadre d’une simple campagne de sensibilisation. Il s’impose comme un moment charnière, révélateur d’une société en quête de reconnaissance et de justice face à une souffrance longtemps ignorée.

« La marche s’achève, mais le combat, lui, ne fait que commencer. » Cette déclaration de la présidente d’EndofiGabon résonne comme un avertissement autant qu’un espoir. Car désormais, le silence est brisé. Et une fois la parole libérée, il appartient aux pouvoirs publics de traduire cette mobilisation en actes.

Dans une société où la douleur des femmes commence enfin à être entendue, l’inaction ne serait plus seulement un retard : elle deviendrait une faute.

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