En marge du sommet « Abidjan 2 », le patron du régulateur gabonais Germain Ngoyo Moussavou et les émissaires de la maison mère de Facebook ont ouvert de délicates négociations. Au cœur des débats : l’avenir de la censure numérique à Libreville.
La guerre des clics aura-t-elle un cessez-le-feu au Gabon ? La question de l’accès aux plateformes numériques, devenue hautement stratégique à Libreville, s’est imposée au centre des débats de la conférence internationale « Abidjan 2 ». Les régulateurs africains et francophones des médias s’y sont réunis pour repenser la gouvernance de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux. Mais c’est dans le secret des salons feutrés de la capitale économique ivoirienne qu’un tête-à-tête crucial s’est tenu : une confrontation directe entre la Haute Autorité de la Communication (HAC) du Gabon et Meta, le mastodonte californien derrière Facebook, Instagram et WhatsApp.
Diplomatie de couloir face aux émissaires de Dubaï et Dakar
Pour cette explication de texte, Meta a sorti le grand jeu diplomatique. Face à Germain Ngoyo Moussavou, président de la HAC, siégeaient Balkissa Idé Siddo, directrice des politiques publiques de Meta pour l’Afrique subsaharienne, venue spécialement de Dubaï, et Serge Mbengue, responsable du groupe pour l’Afrique de l’Ouest, basé à Dakar.
L’enjeu de ce sommet bilatéral était brûlant : négocier le sort de la suspension conservatoire qui frappe les réseaux sociaux au Gabon et évaluer le tournant législatif que Libreville s’apprête à amorcer pour brider les dérives en ligne. Face à la fermeté de l’Etat gabonais, la multinationale américaine a choisi d’adopter un profil bas mais pragmatique. Meta a officiellement acté la décision de Libreville, affirmant comprendre les impératifs sécuritaires et politiques ayant conduit à un tel black-out, tout en plaçant sous haute surveillance les futures réformes juridiques du pays.
Le plaidoyer de la Silicon Valley
Sans surprise, la position du géant du web reste celle de la réouverture des vannes numériques. Balkissa Idé Siddo a formellement plaidé pour la levée des restrictions de la plateforme. Pour fléchir la position des autorités gabonaises, l’émissaire américaine a abattu sa principale carte maîtresse : une offre d’assistance technique renforcée. Meta promet ainsi de mettre à disposition de la HAC des protocoles accrus pour optimiser la modération des contenus sensibles ou subversifs spécifiquement liés au Gabon.
Cette joute technologique ne doit rien au hasard du calendrier. Le patron de la HAC a profité de sa légitimité à Abidjan pour modérer un panel à haute tension sur l’IA et la modération des flux. L’occasion idéale de confronter les géants du Net, de Google à Meta, aux réalités d’un continent africain déterminé à ne plus subir la loi des algorithmes sans réagir.

L’Afrique unie pour dicter ses règles
Les assises d’Abidjan, portées par le Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (RIARC) et le Réseau Francophone des Régulateurs des Médias (REFRAM), se sont closes sur une note très politique. La déclaration finale appelle l’ensemble des Etats à muscler les prérogatives de leurs institutions de contrôle.
Pour Libreville, le face-à-face avec Meta démontre que le rapport de force s’est inversé : l’Afrique n’attend plus le bon vouloir de la Silicon Valley, elle entend désormais lui imposer son propre cadre légal pour sanctuariser sa stabilité nationale.

