Clôturées ce 24 avril 2026, les assises de la Commission de l’éducation, de la communication et des affaires culturelles (CECAC) de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) n’ont pas été qu’une simple parenthèse diplomatique. Durant quatre jours, Libreville s’est muée en laboratoire d’une Francophonie qui, loin des discours de circonstance, s’inquiète de sa propre érosion.
Dans les travées de l’Assemblée nationale gabonaise, le ton n’était pas à la célébration, mais à l’urgence. Les parlementaires francophones, réunis du 21 au 24 avril, ont dressé un diagnostic sans concession d’un espace commun secoué par des mutations profondes, entre délitement éducatif et déflagrations numériques.
Le constat est amer : le français recule là où il devrait être un socle. Au cœur du marasme, le maillon faible reste la formation des enseignants. Le déficit de moyens, les méthodes obsolètes et le manque de structures ont été pointés du doigt comme les causes d’une baisse de niveau globale. Laurent Wehrli, président de la Commission, a d’ailleurs martelé la nécessité de rompre avec l’attentisme : « Nos échanges doivent être à la hauteur des défis actuels », a-t-il averti, exhortant ses pairs à transformer les constats en plans d’action immédiats.
Cette crise d’identité est accentuée par une cohabitation linguistique de plus en plus tendue. Longtemps perçu comme hégémonique, le français doit désormais composer avec la montée en puissance des langues nationales. L’enjeu n’est plus de dominer, mais de trouver un équilibre, encore précaire, où la langue de Molière devient un partenaire de coexistence plutôt qu’un substitut culturel.
Culture et numérique : le double défi de la survie
Sur le plan culturel, les délégués ont brisé un tabou : la transmission ne se fait plus. Si la culture est aujourd’hui reconnue comme un levier économique puissant, son patrimoine, faute de politiques de conservation structurées, s’effrite.
Mais c’est sans doute le volet numérique qui a suscité les débats les plus vifs. Dans un espace francophone hyperconnecté mais vulnérable, la désinformation est devenue une arme de déstabilisation massive. Entre manipulation des opinions et érosion de la confiance institutionnelle, les parlementaires se retrouvent face à une équation complexe : réguler le cyberespace pour protéger la démocratie sans pour autant museler la liberté d’expression.
Le cap vers Yaoundé : Du diagnostic à l’action ?
Au terme de ces travaux, la Francophonie apparaît à la croisée des chemins. Si la lucidité des diagnostics est réelle, la capacité de l’organisation à harmoniser ses réponses reste à prouver.
Libreville n’était qu’une étape. Le véritable test de crédibilité se jouera en juillet 2026 au Cameroun. A Yaoundé, la Francophonie devra répondre à une question vitale : est-elle encore capable de traduire ses résolutions en actes, ou restera-t-elle le témoin impuissant de son propre déclin ?
Les 4 résolutions phares de Libreville
Au-delà des débats, les parlementaires ont jeté les bases d’une feuille de route qui sera présentée lors de la session de juillet au Cameroun. Voici les points clés à retenir.
Plan d’urgence pour la formation : la Commission préconise la mise en place d’un fonds de soutien mobile pour la formation continue des enseignants dans les pays où le français accuse un recul significatif.
Statut des langues nationales : une recommandation a été adoptée pour encourager les Etats membres à intégrer officiellement les langues locales dans les programmes scolaires, en complément du français, dès le cycle primaire.
Charte contre la désinformation : un projet de cadre législatif commun a été esquissé afin de doter les parlements nationaux d’outils de régulation plus stricts face aux « fake news » et à la cyber-manipulation, tout en protégeant le droit à l’information.
Economie de la culture : l’APF s’engage à soutenir la création de « comptoirs culturels » régionaux pour faciliter l’exportation des œuvres francophones et la protection des droits d’auteur à l’ère du streaming.


