Dans une tribune publiée ce mardi 19 mai 2026, l’ancien parlementaire Jean Valentin Leyama livre une critique au vitriol de la classe politique gabonaise. A l’approche d’un potentiel remaniement ministériel, sa charge dépasse le simple fait d’actualité pour disséquer les dérives profondes du pouvoir au Gabon.
Face à la perspective d’un « quatrième exercice gouvernemental en un an », l’analyse de Jean Valentin Leyama est sans concession. Il dépeint une scène politique en ébullition permanente, où les portefeuilles ministériels ont cessé d’être des outils d’action publique pour devenir de simples instruments de survie et de repositionnement personnel.
La foire aux ambitions et le système D ministériel
Selon l’ancien député, l’appareil d’Etat est otage d’une compétition frénétique. Ministres sortants arc-boutés à leur fauteuil, anciens dignitaires assoiffés de retour, hauts fonctionnaires, figures de la société civile et de la diaspora, tous se bousculent dans une même course à la proximité avec le sommet de l’Etat. Dans ce jeu de chaises musicales, la fonction prime sur la mission car, comme il le souligne avec ironie, « ministre, c’est ministre», peu importent les résultats.
Au-delà de la guerre des places, Jean Valentin Leyama lève le voile sur l’envers du décor du pouvoir, marqué par une précarité matérielle surprenante. Il décrit des ministres étouffés par les restrictions budgétaires, « souvent conduits à payer de leurs poches le papier et les encres des imprimantes de leurs cabinets ». Une illustration crue du fossé entre le prestige apparent de la fonction et les moyens réels de l’action publique.
Le Parlement transformé en « mur de lamentations »
L’autre angle mort de ce système reste la paralysie de l’action gouvernementale. Faute d’une exécution budgétaire réelle, les membres du gouvernement en sont réduits à «d’habiles contorsions verbales devant le Parlement ». Une institution nationale que l’homme politique n’hésite pas à qualifier de « mur de lamentations » où s’excusent les bilans jugés squelettiques.
Si la charge de Leyama capture fidèlement la fébrilité du microcosme de Libreville, son approche ultra-globalisante englobe toute la classe politique dans un même sac d’ambitions personnelles, sans exception. Reste que cette sortie pose une question cruciale pour l’avenir de la Ve République : dans un système où le titre compte plus que le service, quel sens reste-t-il à l’action de gouverner ?