Les élections professionnelles constituent une avancée historique pour la démocratie sociale au Gabon. Elles étaient censées consacrer la représentativité réelle des travailleurs et ouvrir une nouvelle ère de légitimité syndicale. Mais aucune démocratie sociale crédible ne peut être bâtie sur l’opacité.
Aujourd’hui, une question fondamentale demeure sans réponse claire : quelles organisations syndicales, fédérations et confédérations étaient réellement habilitées à participer au scrutin et surtout à être reconnues représentatives au niveau des entreprises, des secteurs d’activité et au niveau national ? Cette question est centrale. Elle ne relève ni d’une polémique, ni d’une simple rivalité syndicale. Elle touche au cœur même de la crise de confiance qui s’est progressivement installée dans l’environnement syndical gabonais et donc à la sincérité électorale ainsi qu’à la légitimité des résultats proclamés. Il faut d’ailleurs distinguer deux réalités.
Dans les entreprises du secteur privé et parapublic, la question de la légalité des organisations syndicales ne posait généralement pas de difficulté majeure. Les employeurs connaissent les syndicats présents dans leurs structures, les travailleurs connaissent leurs représentants et la représentativité se construit traditionnellement sur le terrain. Autrement dit, si la Commission nationale des élections professionnelles avait été pleinement à la hauteur de sa mission, il n’y aurait probablement pas eu de crise majeure au niveau des entreprises.
La véritable confusion règne surtout dans la fonction publique et au niveau national. Quelles fédérations et quelles confédérations étaient réellement conformes aux exigences légales ?
Quels critères exacts ont été appliqués pour déterminer leur éligibilité à la représentativité nationale ? Les mêmes règles ont-elles été appliquées à toutes les organisations sans distinction ?
A ce jour, les travailleurs ne disposent toujours pas d’une visibilité complète sur ces éléments pourtant fondamentaux. Comment demander aux travailleurs d’accepter des résultats définitifs sans publication préalable de la liste officielle des organisations légalement habilitées à être représentatives ? Comment parler de sincérité électorale sans clarification préalable des acteurs autorisés à concourir ? Pourquoi publier des résultats avant de publier les critères exacts de conformité et d’éligibilité des syndicats, fédérations et confédérations participantes ?
La transparence ne peut pas être partielle. Elle doit être totale. Car la représentativité syndicale n’est pas un simple titre administratif. Elle confère le pouvoir de négocier les conventions collectives, de participer au dialogue social national et de parler officiellement au nom des travailleurs. Dès lors, la détermination des organisations éligibles doit obéir à des règles publiques, transparentes et incontestables. Sans cette clarification préalable, le doute devient inévitable.
Et lorsqu’une commission électorale publie ou s’apprête à publier des résultats définitifs sans avoir rendu publiques les bases juridiques ayant permis de valider les organisations syndicales, les fédérations et d’autres confédérations, elle fragilise elle-même la crédibilité du processus électoral.
Les travailleurs gabonais ne demandent pas un privilège. Ils exigent simplement : l’égalité entre les organisations ; la publication des critères ; la transparence administrative ; l’impartialité institutionnelle ; le respect du pluralisme syndical.
Car une question grave finit aujourd’hui par s’imposer. Si la liste officielle des organisations syndicales habilitées à être représentatives au niveau des entreprises, des secteurs et au niveau national n’est toujours pas publiée avant l’annonce définitive des résultats, faudra-t-il conclure qu’il existe une volonté d’orienter artificiellement la représentativité syndicale au Gabon ?
Et dans ce cas, qui menace réellement la démocratie sociale ? Ceux qui demandent la transparence ? Ou ceux qui refusent de rendre publiques les bases juridiques ayant servi à reconnaître certaines organisations comme représentatives ?
La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite. Et aucune démocratie sociale durable ne peut être construite sans transparence.

