Malgré les signalements répétés auprès du service « Allo Fuites » de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), les fuites de canalisations se multiplient à Okala Carrière, Alibandeng et au centre des affaires. Face à l’inertie de l’opérateur public, les populations assistent, impuissantes, au gaspillage massif d’une ressource pourtant devenue rare.
Le constat d’un immense gâchis
Dans la capitale gabonaise asphyxiée par des pénuries d’eau chroniques, la chasse au gaspillage devrait figurer au sommet des priorités de l’Etat. La réalité du réseau est pourtant alarmante : selon une source interne à la SEEG, environ 60 % de l’eau potable produite disparaît dans la nature avant même d’atteindre les robinets, en raison des défaillances structurelles du réseau de distribution.
Sur le terrain, la plateforme d’urgence « Allo Fuites », créée par dame SEEG pour pallier ces incidents, celle-ci affiche des signes d’essoufflement critiques. Les relances des usagers restent sans réponse, laissant des ruptures de canalisations stagner pendant des mois, voire des années.
Trois cas cliniques illustrent cette paralysie : à Okala Carrière (poteau 036209) : Une fuite majeure s’est installée dans le décor quotidien des riverains depuis plusieurs années. Au-delà du gaspillage, l’eau fragilise et détruit progressivement la chaussée environnante.

Au cœur de la zone administrative : à l’intersection menant aux tribunaux du Commerce et du Travail et à la voie de la Cité des Ailes-Aéroport, le spectacle est quotidien. Magistrats, avocats et justiciables doivent enjamber des torrents d’eau propre pour accéder aux bâtiments publics.
A Alibandeng (poteau 822309B01) : Dans ce quartier où les coupures à répétition durent parfois plus d’un mois, voir l’eau couler sur le bitume provoque la colère des habitants. Ces derniers redoutent désormais que ces infiltrations permanentes ne détruisent les pavés de la voie secondaire récemment construite.
Le paradoxe des inaugurations politiques
Cette faillite technique met en lumière un contraste saisissant avec l’agenda politique. Le 16 juin 2025, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, inaugurait en grande pompe la nouvelle station de pompage du PK5. Ce projet d’envergure, doté d’un réservoir de 10 000 m³ à la Cité de la Caisse, était censé sécuriser l’approvisionnement de 125 000 habitants à travers le Grand Libreville et Akanda.
Un an plus tard, l’impact réel de cette infrastructure reste invisible pour les ménages. Quel est le bilan concret du Programme intégré d’alimentation en eau potable et d’assainissement de Libreville (PIAEPAL) ?
La persistance de ces fuites interroge directement la responsabilité des cadres de la SEEG et du ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Energie. L’empressement de la hiérarchie à programmer des inaugurations présidentielles contraste violemment avec l’incapacité des équipes techniques à assurer la maintenance de base. Tant que le réseau de distribution ressemblera à une passoire, les investissements majeurs de l’Etat n’auront aucun impact sur le quotidien des Gabonais.

