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[Tribune libre] Redressement du secteur de l’eau et de l’électricité : défis et opportunités pour les investisseurs

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« La vie est vraiment bizarre, très bizarre même. Elle est comme une roue, elle tourne », affirmait l’écrivain Guillaume Musso.

L’article paru dans L’Union du 27 avril 2026, consacré au redressement du secteur de l’eau et de l’électricité, ne m’a pas laissé indifférent. Si la qualité technique des rédacteurs est indéniable, la démarche soulève, à mon sens, un profond questionnement d’ordre éthique et déontologique.

Félix Onkeya, ce brillant fils de la Bayi-Brikolo, est plus qu’un frère pour moi : c’est mon « jumeau », mon binôme. Notre amitié précède nos bancs d’école, nos familles sont liées et nous avons grandi ensemble dans les mêmes plantations. Nous nous connaissons depuis plus d’un demi-siècle.

Pour ceux qui l’ignoreraient, Félix Onkeya possède une expertise comptable de haut vol. L’audit, la certification des comptes et l’évaluation d’entreprises n’ont aucun secret pour lui. Il a d’ailleurs brillamment fait ses preuves dès les années 90 à l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG). Très vite, à Ngami, son impact positif l’a fait percevoir comme le « Messie attendu ». Félix appartient à cette race de leaders naturels. C’est donc logiquement que les populations lui ont accordé leurs suffrages à deux reprises pour porter leur voix à l’Assemblée Nationale, puis au Parlement de la CEMAC. Enfin, il fut durant des années le Secrétaire du Comité de Privatisation, le « liquidateur attitré » de fleurons nationaux, au premier rang desquels l’emblématique Air Gabon.

Pourtant, à mon sens, l’ambition d’un haut cadre de cette stature devrait être d’impacter le pays par la préservation, voire le redressement de l’existant. Sa mission devrait tendre vers l’accroissement du patrimoine national et non vers sa liquidation ou sa cession au rabais. Lorsqu’un expert comme Félix analyse les états financiers d’une société, il dispose de la science nécessaire pour garantir sa viabilité ou, en cas de force majeure, pour en déterminer le juste prix.

Au regard du nombre d’entreprises parapubliques créées par Omar Bongo Ondimba et liquidées par la suite, jetant de nombreux compatriotes dans la précarité après une gestion souvent chaotique, des cadres aussi brillants auraient dû être mobilisés pour sauver ces structures plutôt que pour en sceller le cercueil. Notre pays regorge de compétences valables pour diriger nos administrations, il suffit de leur faire confiance et d’exiger le strict respect des procédures.

Pour en revenir au redressement du secteur de l’eau et de l’électricité, si l’article est pertinent sur le fond, je le juge inopportun et moralement ambigu sur la forme. Il est porté par celui qui a incarné, fût-ce malgré lui, l’ère des privatisations et des désinvestissements. Le voir aujourd’hui se muer en théoricien du redressement et de l’investissement suscite l’étonnement. Son expertise aurait été salvatrice si, à l’époque des grandes liquidations, elle avait servi à proposer des plans de restructuration pour sauver l’outil industriel et les emplois. Cette nouvelle posture nous semble manquer de cohérence : c’est, en quelque sorte, l’hôpital qui se moque de la charité.

Les concepts de « liquidateur » et de « redresseur » sont antinomiques, tout comme le sont le pyromane et le pompier. Les travailleurs déflatés, qui observent encore aujourd’hui les conséquences de ces choix, ne me démentiront pas. A l’époque, la restructuration aurait dû être le préalable à toute décision radicale. Si tant de sociétés ont sombré, c’est en raison d’une gestion scabreuse confiée à des profils inadaptés, choisis sur des bases purement géopolitiques. Je reste convaincu qu’une recapitalisation financière, alliée à une direction compétente et patriote, aurait pu sauver bien des structures.

Sur la question de la recapitalisation, les Gabonais ne sont pas incapables de devenir actionnaires de leurs propres entreprises publiques, pourvu qu’on leur en ouvre le capital. Il existe une épargne privée qu’il faut savoir attirer, car l’on s’enrichit rarement par le seul salaire.

Malheureusement, les dirigeants de cette époque n’ont, semble-t-il, pas proposé d’alternatives crédibles au Président Omar Bongo Ondimba. La recherche de profits immédiats, les bonus de liquidation et la captation de biens publics au franc symbolique ont souvent primé sur le débat démocratique et la reddition des comptes devant le Parlement. Or, la vente d’un patrimoine d’Etat ne gagne sa légitimité que par l’approbation des élus et son inscription en Loi de Finances. Ce sont ces errements qui expliquent que les produits de cession n’aient pas servi, en priorité, à désintéresser les salariés déflatés, dont certains attendent toujours leurs droits.

Certes, le rôle de liquidateur est ingrat, souvent perçu comme celui d’un « exécuteur des basses besognes ». Mais lorsque celui qui a liquidé hier propose des solutions de redressement aujourd’hui, la prudence est de mise : le passif pèse lourd face au discours. Cette pirouette à 180 degrés interroge sur les motivations réelles. A l’inverse, le Directeur général de la SEEG, par exemple, s’inscrit dans une démarche d’auditeur pur et d’expert en redressement. Ses collègues et les salariés sauront apprécier la différence de trajectoire.

Face au mécontentement légitime des populations, l’Etat prend désormais ses dispositions. Des fonds importants sont injectés pour résoudre durablement la crise de l’eau et de l’énergie. Cela demande du temps, de la patience et de la compréhension de la part de tous.

Si l’objectif implicite de la tribune de mon frère était de changer de trajectoire professionnelle, la voie choisie me semble inappropriée. Un homme de son talent n’a pas besoin de cet artifice pour rebondir. Comme me le disait le Grand Roger Milla : « Un bon joueur ne manque jamais d’équipe où jouer ».

Très fraternellement.

Par Basile Hans Nganinga Mali

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