AccueilActualitéSociétéGabon : Le témoignage d’une mère relance le débat sur l’abandon de nouveaux-nés

Gabon : Le témoignage d’une mère relance le débat sur l’abandon de nouveaux-nés

Publié le
Écouter cet article

Une vidéo publiée le 8 mai par le Dr Wenceslas Yaba a suscité une vive émotion au Gabon. On y voit, pour la première fois face caméra, le témoignage anonyme d’une jeune femme ayant abandonné son nouveau-né peu après l’accouchement. Ce récit glaçant met en lumière une détresse psychologique souvent occultée.

« C’est comme un déclic. Je dois faire vite avant qu’on ne me voie, qu’on entende le bébé. Sur le coup, tu cherches juste à t’en débarrasser, peu importe le moyen. » Face au coordonnateur du SAMU Social gabonais, la jeune mère livre un récit empreint de panique. Ses mots, crus, révèlent l’état de dissociation dans lequel plongent certaines femmes au moment de poser un acte irréversible.

Interrogée sur ses motivations, elle pointe du doigt le poids des conventions : « C’est le jugement des gens, le regard de mes parents… Ce n’était pas une grossesse désirée. » Pour cette jeune femme, encore dépendante du giron familial, la peur de l’opprobre semble avoir pris le pas sur l’instinct maternel.

Une urgence sociale derrière le fait divers

Ce drame est loin d’être un cas isolé. Selon le Dr Yaba, près de 20 nourrissons ont été recueillis par le SAMU Social ces dernières années, souvent dans des conditions précaires : poubelles, lieux publics ou terrains vagues. Chaque découverte déclenche une vague d’indignation numérique où les opinions se fracturent. Si certains réclament des « sanctions exemplaires », d’autres rappellent la responsabilité partagée du géniteur ou évoquent la piste de la dépression post-partum et de la précarité extrême.

Au-delà de l’émotion, cette affaire souligne les failles systémiques du pays : manque d’éducation sexuelle, absence de dialogue familial et défaut d’accompagnement pour les grossesses non désirées. Si la justice doit établir les responsabilités, ce témoignage rappelle surtout que derrière chaque abandon se dessine l’échec d’un environnement social et institutionnel.

Le poids des lois et du silence

Le couperet de la loi face à la détresse. Au Gabon, l’abandon d’enfant n’est pas seulement un drame humain, c’est un délit lourdement sanctionné par le Code pénal. Les mères encourent des peines de prison ferme, une réalité qui, loin de dissuader, semble pousser ces femmes vers une clandestinité plus dangereuse. « La peur de la prison s’ajoute à la peur du rejet », analyse un travailleur social. Cette judiciarisation systématique occulte souvent la nécessité d’une prise en charge psychiatrique précoce, notamment pour détecter les psychoses post-partum.

Le « qu’en-dira-t-on » comme moteur du drame. Le regard de la société gabonaise joue un rôle de catalyseur dans ces abandons. Dans un contexte où la famille élargie reste le pilier de l’identité, une grossesse hors mariage ou non désirée est souvent perçue comme une «honte» qui rejaillit sur l’ensemble du clan. Ce poids du jugement social crée un mur de silence : la jeune femme, isolée, ne trouve aucune oreille attentive pour exprimer son désarroi avant l’accouchement.

La double peine des mères isolées. Enfin, le débat met en lumière une hypocrisie sociale persistante : si l’indignation se cristallise sur la mère, le rôle du géniteur est souvent passé sous silence. L’abandon paternel, fréquent dans ces récits, place ces femmes dans une précarité économique et affective totale. Sans soutien financier ni reconnaissance sociale de leur statut de mère, l’abandon du nourrisson devient, dans leur esprit embrumé par la panique, l’unique issue pour « effacer » la faute et réintégrer le cercle familial.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Articles similaires

Dernières nouvelles

CECA-GADIS

Les + Lus