AccueilActualitéSociétéGabon : « Mon bureau est devenu un mur de lamentations », l'alarmant cri du cœur du...

Gabon : « Mon bureau est devenu un mur de lamentations », l’alarmant cri du cœur du Dr Alphonse Louma Eyougha face aux ravages de la drogue

Publié le
Écouter cet article

Face à l’explosion de la toxicomanie chez les jeunes, les associations tirent la sonnette d’alarme à Libreville. Réunies le 15 mai dernier au quartier Rio, les ONG dénoncent l’absence critique de structures publiques de prise en charge et la détresse absolue des familles face à ce fléau invisible.

Le décor est planté au cœur du mythique quartier Rio, dans le 3e arrondissement de Libreville. Ce 15 mai, l’atmosphère y est lourde, presque solennelle. Devant une assemblée compacte de parents désemparés et de jeunes en quête de repères, le collectif associatif composé de « Cri d’Une Mère », de l’ANRTG et « Agir pour le Gabon » a dressé un réquisitoire implacable contre un fléau qui ronge la jeunesse gabonaise : la prolifération des substances psychoactives. Au-delà du simple constat, cette journée d’action s’est transformée en un vibrant plaidoyer pour une intervention d’urgence de l’État.

Cri d’Une Mère et ANRTG veulent faire de la lutte contre la drogue une priorité nationale.
Cri d’Une Mère et ANRTG veulent faire de la lutte contre la drogue une priorité nationale.

L’onde de choc des familles brisées

Sur place, le ton est grave, les témoignages bouleversants. La toxicomanie n’est plus un sujet tabou que l’on dissimule, elle est devenue un drame quotidien qui s’invite dans les foyers. Pour les leaders associatifs, les campagnes de sensibilisation cosmétiques ont atteint leurs limites. L’heure est à la riposte structurelle.

A l’issue de débats intenses, une feuille de route urgente a été adressée aux décideurs politiques. Les recommandations sont claires : créer d’urgence des centres de désintoxication dans chaque hôpital régional ; déployer des cellules de prévention permanentes dans les écoles et au sein des forces de sécurité ; financer de véritables programmes de réinsertion sociale pour les jeunes en post-cure ; muscler l’arsenal répressif et l’accompagnement étatique contre les réseaux de distribution.

Le cri de détresse d’un clinicien en première ligne

Le moment le plus saisissant de cette rencontre reste sans conteste la prise de parole du Dr Alphonse Louma Eyougha. Président d’Agir pour le Gabon et pionnier de la prise en charge thérapeutique des addictions dans le pays, le médecin a livré un témoignage sans fard, teinté d’une profonde impuissance. « Mon bureau est devenu un mur de lamentations. Ce sont des mères qui viennent pleurer, supplier qu’on sauve leurs enfants. Mais nous n’avons pas toujours les moyens nécessaires pour prendre tout le monde en charge », a-t-il confié à l’auditoire.

Le praticien a rappelé la complexité clinique de la désintoxication, un processus lourd qui exige une armada d’experts : addictologues, psychologues, éducateurs et programmes de réhabilitation sociale. Une logistique coûteuse que le secteur associatif ne peut plus porter seul à bout de bras.

Déconstruire le tabou : la dépendance est une pathologie

Le Dr Louma Eyougha a également profité de cette tribune pour mener un combat sémantique et médical crucial. Pour lui, il faut impérativement cesser de criminaliser ou de moraliser le malade. « L’addiction est une maladie chronique du cerveau, au même titre que le diabète, l’hypertension ou le cancer », a-t-il martelé avec force.

Pour imager son propos, le spécialiste a invité l’assistance à regarder au-delà du produit consommé. « Les drogues sont les feuilles de l’arbre. Les vraies causes sont dans les racines », a-t-il illustré. Derrière chaque trajectoire de toxicomane se cachent des traumatismes profonds : fractures familiales, précarité économique, violences systémiques et perte totale de perspectives d’avenir.

L’Etat gabonais face à son devoir régalien

Le clinicien n’a pas mâché ses mots à l’égard des pouvoirs publics, pointant du doigt les défaillances de la couverture sanitaire nationale. Depuis près de six ans, sa structure privée tente de colmater les brèches avec un soutien institutionnel quasi inexistant, alors même que la courbe des admissions explose. « Nous faisons modestement ce que l’Etat devrait déjà faire », a-t-il déploré, rappelant que la santé publique reste une mission régalienne non négociable.

Cette journée de Rio résonne comme un ultime avertissement. Derrière les chiffres du trafic de stupéfiants se profile une crise démographique et sécuritaire majeure. La conclusion du Dr Louma Eyougha sonne d’ailleurs comme un avertissement pour la nation entière : « Quand je vois nos enfants, j’ai peur pour l’avenir du pays. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Articles similaires

Dernières nouvelles

CECA-GADIS

Les + Lus