L’eau, l’électricité, les soins, la CNAMGS, le coût de la vie, l’emploi, les libertés individuelles, les droits de l’homme, la liberté d’expression ou encore la justice ne sont pas des thèmes de circonstance. Ce sont les préoccupations ordinaires des ménages. Le prochain Conseil des ministres délocalisé doit donc transformer la capitale économique en laboratoire de décisions concrètes, mesurables et suivies.
Un Conseil des ministres délocalisé n’est pas un simple déplacement administratif. Encore moins La « Ballade des gens heureux » de Gérard Lenorman, sortie en 1975 sur des paroles de Pierre Delanoë, est un hymne à l’optimisme, à la simplicité et à la beauté de la vie malgré les difficultés du monde. Il mobilise, et c’est peu dire, les cabinets, les conseillers, les personnels d’appui, les chauffeurs, les moyens logistiques, l’hébergement, la restauration et le carburant. Cette mobilisation a un coût. Elle se justifie si elle débouche sur des décisions dont les populations constatent les effets.
À Port-Gentil, les attentes sont déjà connues. Les habitants veulent d’abord que les services essentiels fonctionnent mieux. L’eau et l’électricité restent au cœur des préoccupations. L’accès aux soins, la qualité de la prise en charge et la couverture effective de la CNAMGS constituent un autre front. À cela s’ajoutent le pouvoir d’achat, le chômage, les infrastructures et la justice. Le Conseil n’aura pas besoin d’inventer les problèmes : il devra surtout hiérarchiser les réponses.

La première exigence sera donc celle du concret. Pour chaque problème retenu, il faudrait une décision, un responsable, un calendrier, un financement et un mécanisme de suivi. Combien de kilomètres de réseaux d’eau seront réhabilités ? Quels quartiers seront prioritaires ? Quels équipements sanitaires seront renforcés ? Combien de jeunes seront concernés par les dispositifs d’emploi ? Quel calendrier pour les travaux ? Sans ces éléments, le communiqué final risque de ressembler à une nouvelle liste de bonnes intentions.
Lecture tardive du communiqué final du Conseil des ministres
Les Gabonais attendent aussi une communication plus efficace. Pourquoi un Conseil commencé le matin donne-t-il parfois lieu à une lecture très tardive du communiqué final ? Si les réunions interministérielles préparent réellement les dossiers, le Conseil doit surtout arbitrer et décider. Une meilleure préparation renforcerait la crédibilité de l’action publique.
Autre attente : sortir des louanges automatiques. Les Gabonais se lassent de ces passages où le communiqué final d’un Conseil des ministres quitte soudain le terrain des décisions publiques pour s’attarder sur les voyages, les rencontres ou les activités du chef de l’État, parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois après les faits. Qu’un président soit informé, félicité ou honoré pour une initiative exceptionnelle peut se comprendre ; que cela devienne un rituel récurrent finit en revanche par interroger sur la fonction même du communiqué. Le Conseil des ministres doit rendre compte de l’action du Gouvernement, pas entretenir une liturgie de la reconnaissance présidentielle. Brice Clotaire Oligui n’a pas besoin de « ça ». Il est populaire, c’est une évidence ; mais il est attendu sur le terrain de créer un environnement capable de donner de la dignité à chaque Gabonais.
Les ministres et l’art de plaire au président de la République
Cette pratique rappelle les travers d’une gouvernance où certains ministres semblaient davantage préoccupés par l’art de plaire au chef que par l’obligation de rendre compte à la nation. Sous Ali Bongo Ondimba, les hommages répétés et les congratulations publiques avaient parfois donné le sentiment d’un pouvoir entouré de flagorneurs, davantage soucieux de célébrer le président de la République que de regarder en face les insuffisances de l’administration, les retards dans l’exécution des politiques publiques ou les défaillances de la gouvernance. Une République ne se construit pas avec des courtisans, mais avec des responsables capables de dire ce qui ne fonctionne pas et de proposer ce qui doit changer.
Le communiqué final devrait donc retrouver sa vocation première : informer clairement les citoyens des décisions prises, des problèmes examinés, des arbitrages rendus, des ressources mobilisées et des résultats attendus. Il devrait permettre de comprendre ce que le Gouvernement décide, pourquoi il le décide, dans quels délais et avec quels moyens. C’est à cette condition qu’un document officiel peut devenir un véritable instrument de transparence et de responsabilité.
L’homme du 30 août n’a pas besoin de ministres qui applaudissent systématiquement, il a besoin de bâtisseurs, de responsables capables de travailler, d’alerter, de contredire lorsque cela est nécessaire et surtout de produire des résultats. La fidélité à un chef d’État ne se mesure pas au nombre d’éloges prononcés à son endroit, mais à la capacité de ses collaborateurs à faire fonctionner l’État et à améliorer concrètement la vie des citoyens.
Port-Gentil ne demande pas un Conseil des ministres spectaculaire. La ville demande un Conseil utile. Si le déplacement coûte à l’État, alors il doit rapporter aux citoyens quelque chose de beaucoup plus précieux que des images : des décisions exécutées, des services améliorés et des engagements contrôlables.













