Le 30 juin dernier, en visitant le chantier du futur Musée Georges Damas Aléka, le Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a pas seulement effectué une inspection de travaux. Il a adressé un message à l’ensemble de la Nation, et plus particulièrement à tous ceux qui bénéficient de la confiance de l’État à travers les marchés publics.
Le Musée Georges Damas Aléka n’est pas un chantier comme les autres. Il rend hommage au père de l’hymne national du Gabon et a vocation à devenir un haut lieu de mémoire, de culture, de tourisme et de convivialité. Entièrement financé par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), il devait être inauguré au début du premier mandat du Président de la République, faisant de cet ouvrage l’un des symboles de l’entrée du Gabon dans la Cinquième République.
En mai 2024, alors qu’il visitait déjà le site, le Président déclarait que ce projet « n’est pas seulement une question d’infrastructure, mais aussi de mémoire et de patrimoine. Il est essentiel que nous préservions et valorisions notre histoire tout en offrant des espaces modernes et accessibles à tous nos concitoyens. »
Deux ans plus tard, le constat est amer : le chantier accuse un retard important
Au cours de cette visite, l’opérateur économique Erick Mauro Nguéma, chargé de l’exécution du marché, a expliqué que les retards étaient dus au non-respect des engagements de ses fournisseurs basés à Dubaï. Le Chef de l’État a rejeté cette justification avec fermeté, rappelant publiquement que les difficultés rencontrées avec des partenaires commerciaux relèvent de la responsabilité de l’entreprise titulaire du marché et ne sauraient être supportées par l’État. Un ultimatum a alors été fixé au 16 août pour la livraison de l’ouvrage.
Cette séquence, largement relayée, a profondément divisé l’opinion publique. Certains y voient l’expression d’une gouvernance exigeante, où les engagements contractuels doivent enfin être respectés et où les deniers publics imposent une obligation de résultat. D’autres, au contraire, appellent à davantage d’indulgence envers l’opérateur économique, estimant que les difficultés rencontrées avec ses fournisseurs devraient constituer des circonstances atténuantes.
Ce débat révèle un paradoxe profondément enraciné dans notre société
Depuis des années, nous dénonçons les retards, les chantiers inachevés, les défaillances dans l’exécution des marchés publics et l’impunité. Nous réclamons davantage de rigueur dans la gestion de l’argent public. Mais lorsque cette rigueur s’exerce concrètement, nous sommes parfois les premiers à rechercher des excuses, à invoquer l’émotion ou les relations personnelles, au lieu de rappeler que les engagements librement souscrits doivent être honorés.
Or, c’est précisément cette culture que la Cinquième République est appelée à transformer. Un marché public n’est ni une faveur ni une récompense. C’est un contrat de confiance conclu avec la Nation.
Lorsqu’une entreprise accepte cette responsabilité, elle s’engage à livrer un ouvrage conforme, dans les délais convenus. Le choix des fournisseurs, les difficultés logistiques, les aléas commerciaux ou les défaillances de partenaires font partie des risques normaux de l’activité économique. Ils ne peuvent être transférés à l’État lorsque celui-ci a déjà rempli ses propres obligations.
Cette affaire nous rappelle également une vérité essentielle : le patriotisme économique ne consiste pas seulement à réserver les grands marchés aux entreprises nationales. Il consiste surtout à démontrer que les opérateurs gabonais sont capables d’exécuter leurs engagements avec compétence, discipline, transparence et professionnalisme.
La préférence nationale est une formidable opportunité. Mais elle implique une responsabilité tout aussi grande. Car chaque réussite renforce la confiance envers les entreprises gabonaises ; chaque échec fragilise cette confiance et nourrit ceux qui doutent de leur capacité à conduire les grands projets du pays. Le véritable chantier de la Cinquième République ne se limite donc pas aux routes, aux ponts, aux hôpitaux ou aux musées.
Le véritable chantier est celui de nos mentalités
Il consiste à remplacer la culture de l’excuse par celle de la responsabilité, la logique des passe-droits par celle de la redevabilité, et l’habitude de justifier les défaillances par la volonté de tenir coûte que coûte les engagements pris.
L’affaire du Musée Georges Damas Aléka dépasse ainsi le cas d’un entrepreneur ou d’un chantier. Elle nous renvoie à une interrogation collective : sommes-nous réellement prêts à construire un État où la parole donnée engage, où l’argent public est traité avec le plus grand respect et où chacun répond pleinement de ses actes ?
La morale est simple : une Nation ne devient pas grande parce qu’elle lance de grands projets. Elle devient grande lorsque ceux qui ont l’honneur de les réaliser considèrent que servir l’État est un devoir, que la confiance se mérite et que chaque engagement pris envers la Nation est une dette d’honneur.
C’est ainsi que se construit une République forte. C’est ainsi que naît une véritable culture de la responsabilité.
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