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Gabon : Le fléau invisible des enfants mendiants à Libreville

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Dans la capitale gabonaise, la mendicité des mineurs gagne du terrain. Aux abords des mosquées et des grands carrefours, ces visages de la précarité interpellent les passants. Malgré un arsenal juridique strict, l’impunité semble régner, pointant du doigt l’inertie des services sociaux.

« J’ai faim. » Deux mots, souvent murmurés, qui claquent comme un aveu d’échec dans les rues de Libreville. Ils sortent de la bouche d’enfants, parfois très jeunes, postés de longues heures durant devant la mosquée, jouxtant la Préfecture de police du Littoral ou aux carrefours stratégiques de la ville. Ce spectacle, autrefois sporadique, est devenu une composante familière du décor urbain librevillois.

Le Gabon, pôle économique régional, attire des flux migratoires importants. Mais cette attractivité a un revers sombre : le développement de la traite des mineurs. Derrière la main tendue de l’enfant se cache souvent une exploitation organisée, une forme moderne d’esclavage où le mineur devient un outil de rentabilité pour des adultes restés dans l’ombre.

Sur le terrain, la stratégie est rodée. Les enfants ne se contentent plus d’attendre ; ils racolent, tirent les passants par les vêtements, s’exposant aux dangers permanents de la circulation et à l’épuisement. Une détresse criante qui se joue sous les yeux de tous.

Une loi restée lettre morte ?

Pourtant, le droit gabonais ne souffre d’aucune zone d’ombre. L’article 85 du Code de l’enfant est catégorique : « La traite, la vente et la mendicité des enfants sont interdites ». Si le cadre légal existe, son application, elle, semble stagner dans les textes.

Face à cette violation flagrante des droits de l’enfant, l’opinion s’interroge : pourquoi ces réseaux de mendicité prospèrent-ils au vu et au su des autorités ?

Le ministère des Affaires sociales est aujourd’hui sur la sellette. Alors que ses agents ont pour mission régalienne de protéger les plus vulnérables, leur absence sur ces « points chauds » de la mendicité interpelle.

Des signalements sont-ils réellement effectués ? Pourquoi les enquêtes sociales ne débouchent-elles pas sur des retraits systématiques de la rue ? Quelle prise en charge est réellement offerte à ces mineurs ? Tant que les institutions ne passeront pas de la parole aux actes, les rues de Libreville continueront d’offrir ce visage amer : celui d’une enfance sacrifiée qui, entre deux voitures, continue de murmurer son indigence.

Des sanctions décisives mais peu appliquées

Pourtant au Gabon, l’arsenal juridique pour protéger les mineurs est robuste. Outre l’article 85 du Code de l’enfant, le Code Pénal prévoit des peines allant de 6 mois à 5 ans d’emprisonnement et des amendes pouvant atteindre 10 millions de FCFA pour quiconque organise la mendicité d’autrui ou en tire profit. Si la traite est avérée (exploitation transfrontalière ou réseau organisé), les peines peuvent doubler. Le décalage entre la sévérité de la loi et la présence quotidienne de ces enfants dans la rue pose la question de la volonté politique de démanteler ces réseaux.

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