Dans une phase de refondation institutionnelle, l’Assemblée nationale gabonaise s’attaque au chantier délicat de sa « fabrique de la loi ». Ce 27 avril 2026, un séminaire de formation sur la légistique et l’éthique parlementaire s’est ouvert à Libreville. Derrière la technicité des ateliers, se joue un enjeu politique majeur : restaurer la crédibilité d’un Parlement en quête d’excellence.
Le constat est partagé, bien que souvent murmuré dans les couloirs du Palais Léon Mba : la production normative gabonaise a longtemps souffert d’approximations. Pour Michel Régis Onanga Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, l’heure n’est plus au diagnostic, mais à la thérapie. En ouvrant les travaux de ce séminaire consacré à la légistique et aux techniques d’amendement, il a affiché une détermination sans équivoque. « Depuis mon élection le 17 novembre 2025, j’ai placé la modernisation du travail parlementaire au cœur de notre action», a-t-il martelé. Un engagement qui résonne comme une réponse directe aux critiques récurrentes sur la qualité des textes issus de l’hémicycle.
L’art de la loi : au-delà du simple vote
Organisé avec l’appui d’International IDEA, ce rendez-vous de quarante-huit heures ne s’adresse pas qu’aux députés. Sénateurs et cadres administratifs sont mobilisés pour revisiter les fondamentaux de leur mission. L’idée force ? Passer d’un Parlement de « validation » à un Parlement de « conception ».

Le programme s’articule autour de trois piliers névralgiques : La légistique : cette « grammaire du droit » indispensable pour rédiger des lois cohérentes et applicables. Le droit d’amendement : levier de la contradiction et de l’amélioration des projets gouvernementaux. L’éthique et la déontologie : le rempart moral nécessaire pour briser la défiance citoyenne.
Un test de crédibilité pour la Ve République
A travers des ateliers pratiques, les élus sont poussés à traquer les incohérences juridiques qui, par le passé, ont pu fragiliser l’arsenal législatif du pays. Mais au-delà du savoir-faire technique, c’est le « savoir-être » qui est en jeu. Dans un Gabon en pleine mutation, l’exemplarité n’est plus une option, mais une condition de survie pour l’institution.
Michel Régis Onanga Ndiaye le concède volontiers : l’objectif est de « réhabiliter la noblesse de la fonction parlementaire ». Si l’initiative est saluée, elle place désormais l’institution face à une obligation de résultats. La qualité des prochains textes de loi sera le véritable juge de paix de cette volonté de réforme. Ce séminaire n’est qu’un premier jalon ; reste désormais à transformer l’essai dans la durée.