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Gabon : Entre censure et régulation, le gouvernement parfait son contrôle sur l’espace numérique

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Le ministre de la Communication a défendu devant les députés un double projet de loi visant à durcir l’encadrement des plateformes digitales, en plein contexte de censure prolongée des réseaux sociaux au Gabon.

L’Exécutif gabonais accélère la refonte globale de son architecture légale face aux géants du Net. Alors que l’accès aux principaux réseaux sociaux demeure suspendu sur l’ensemble du territoire national depuis le 19 février dernier, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a franchi une étape décisive ce mardi 26 mai 2026. Devant les députés de l’Assemblée nationale, le membre du gouvernement a défendu deux ordonnances hautement stratégiques : la révision en profondeur du Code de la communication de 2016 et l’introduction d’un nouveau dispositif coercitif dédié à l’encadrement des usages numériques au Gabon.

L’impératif sécuritaire face aux dérives technologiques

Devant la Commission de la communication, de l’information et des technologies numériques, le ministre a plaidé l’urgence d’une mise à niveau législative face au rythme effréné des innovations digitales. « Le numérique offre de nombreuses opportunités, mais il nous impose également de nouvelles responsabilités. L’objectif n’est pas de restreindre les libertés, mais de protéger les citoyens et de garantir un espace numérique plus sain et sécurisé », a fait valoir Germain Biahodjow.

Durant les auditions, les parlementaires ont longuement auditionné le ministre sur les menaces hybrides qui déstabilisent l’ordre public : cyberharcèlement, infox à caractère politique, exposition précoce des mineurs et dérives éthiques liées à l’intelligence artificielle. Au cœur des préoccupations figure la prolifération des « deepfakes », ces vidéos hyper-réalistes manipulées par IA capables de travestir la voix et l’image des dirigeants. Pour y faire face, le projet introduit de nouvelles barrières juridiques, notamment la fixation de la majorité numérique à 16 ans et l’obligation légale de mécanismes de contrôle parental renforcés.

Révision du Code de la communication et régulation des réseaux sociaux au cœur des échanges à l’Assemblée nationale.
Révision du Code de la communication et régulation des réseaux sociaux au cœur des échanges à l’Assemblée nationale.

Le spectre d’un verrouillage politique permanent

Au-delà de l’affichage sécuritaire et de la protection des usagers, ce tournant réglementaire suscite de vives inquiétudes au sein de la société civile. Ces discussions parlementaires se déroulent dans une atmosphère lourde, marquée par plus de trois mois de black-out numérique imposé par les autorités. Pour de nombreux observateurs, ce calendrier législatif dissimule une volonté d’institutionnaliser la censure et de restreindre l’espace de contestation politique en ligne.

Conscient de la sensibilité du dossier et du risque d’opprobre international, le ministre de la Communication s’est efforcé de désamorcer les accusations de dérive autoritaire. « Il s’agit de bâtir un cadre moderne, responsable et respectueux des droits de chacun. Le Gabon doit pouvoir évoluer avec son temps tout en protégeant ses citoyens », a-t-il martelé en clôture de son grand oral.

Avec cette double réforme, Libreville entend réaffirmer sa souveraineté numérique sur un canal devenu le principal thermomètre de l’opinion publique. Le défi pour le Parlement consistera désormais à tracer la frontière exacte entre la nécessaire protection de l’Etat et la préservation de la liberté d’expression, pilier fondamental de la transition démocratique.

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