Des membres de la société civile gabonaise ont rendu publique une déclaration, lue par Patrice Therence Mezui, président de la ligue nationale des droits humains, ce samedi 11 juillet 2026, à Libreville, dénonçant la décision n°00002/HAC/2026 de la Haute Autorité de la Communication (HAC), qui ordonne la suspension conservatoire des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national. Les membres estiment que cette mesure constitue une atteinte grave aux libertés fondamentales et appellent les autorités à y mettre un terme sans délai.
Dans leur déclaration, les organisations de la société civile rappellent que la décision de la HAC, prise le 17 février 2026, est officiellement motivée par la lutte contre les « désordres informationnels », le cyberharcèlement et la diffusion de contenus haineux. Tout en condamnant ces dérives, elles considèrent que la fermeture générale des réseaux sociaux représente une réponse disproportionnée.
Selon eux, cette mesure prive des millions de Gabonais de leur droit constitutionnel à informer, à s’informer et à s’exprimer librement. Ils soulignent également les lourdes conséquences économiques de cette suspension, qui affecterait les petites et moyennes entreprises, les start-up ainsi que de nombreux acteurs du secteur informel dont les activités reposent largement sur les plateformes numériques.
La société civile estime par ailleurs que la décision manque de base légale et ne respecte pas le principe de proportionnalité. Elle soutient que les textes nationaux et internationaux privilégient des sanctions ciblées contre les contenus illicites plutôt qu’une suspension globale des réseaux sociaux. Les organisations s’appuient notamment sur la Constitution gabonaise, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples pour défendre leur position.
Ils mettent également en avant les conséquences sécuritaires de cette restriction. Selon eux, le recours massif aux réseaux privés virtuels (VPN) fragilise l’écosystème numérique national et favorise une recrudescence des cyberattaques et des piratages de comptes, exposant davantage les citoyens, les institutions publiques et les établissements bancaires.
Estimant que la décision de la HAC poursuit davantage un objectif de restriction de l’expression qu’une véritable protection de l’ordre public, la société civile parle d’un détournement des missions du régulateur et d’une mesure entachée d’illégalité.
Au terme de leur déclaration, les organisations formulent trois principales recommandations : la levée immédiate de la suspension des réseaux sociaux, le respect des engagements internationaux et des procédures judiciaires nationales dans la conduite de l’action publique, ainsi que l’ouverture d’un dialogue inclusif entre les autorités, la HAC, les opérateurs de télécommunications et la société civile afin d’élaborer un cadre de régulation des réseaux sociaux respectueux des droits fondamentaux.
« Une démocratie forte ne saurait s’accommoder du musellement des espaces d’expression publique », concluent t-ils, et appellent également les médias, les citoyens et la communauté internationale à demeurer vigilants pour la défense des libertés fondamentales au Gabon.


