Un courrier officiel du Ministère de l’Économie, daté du 6 juillet 2026 et adressé au Ministre des Eaux et Forêts, confirme noir sur blanc ce que redoutaient depuis longtemps les agents du secteur : les comptes de recettes affectées du département sont en déficit chronique envers l’État, et le Trésor Public a suspendu ses reversements. Un document budgétaire aride, mais qui vient percuter de plein fouet le témoignage des écogardes, qui affirment n’avoir plus perçu leur prime sectorielle depuis deux ans.
Le courrier, signé du Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Thierry Minko, et adressé à son homologue des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, porte un objet sans ambiguïté : « Apurement de la dette relative aux recettes affectées du Ministère des Eaux et Forêts ».
Le constat qui y est dressé est chiffré et daté. Selon les travaux de la Commission d’Apurement des Comptes de l’État, menés sous l’ancien Ministre de l’Économie Henri Claude Oyima, « les soldes de vos comptes de recettes affectées […] se trouvent actuellement en situation de déficit, pour un montant total d’environ cinq milliards quatre cent soixante-dix-sept millions cent neuf mille cinq cent quatre-vingt-onze (5.477.109.591) francs CFA due sur la part Etat ».
Conséquence directe de ce déficit : « l’administration du Trésor Public a suspendus les reversements de celles-ci jusqu’à la restauration des soldes desdits comptes, au crédit ». En clair, tant que les comptes du MINEF ne seront pas rééquilibrés, l’argent censé alimenter son fonctionnement et, selon les agents, leurs primes, reste bloqué au Trésor.
Des taux jugés insoutenables depuis trois ans
Le courrier ne se contente pas de constater le problème : il en pointe la cause structurelle. Les deux principales ressources du Ministère des Eaux et Forêts — le Droit de Sortie Bois et la Taxe de Superficie Forêts — ne lui reviennent qu’à hauteur de « très faibles pourcentages d’affection (5% et 8.61%) […] depuis trois (3) ans », des taux qui, de l’aveu même du Ministre de l’Économie, ne permettent pas « à votre administration de couvrir aisément ses charges sociales et son fonctionnement ».
Autrement dit, le gouvernement admet lui-même, par écrit, que le mode de financement du MINEF est structurellement sous-dimensionné pour absorber ses charges sociales — dont font partie les primes des agents de terrain.
Sur le terrain, des écogardes à bout
C’est dans ce contexte que plusieurs agents des Eaux et Forêts font état d’une réalité éprouvante : selon leurs témoignages, la prime sectorielle qui leur est due ne serait plus versée depuis deux ans, alors même que le Trésor Public continue, selon eux, d’encaisser les fonds destinés à cette ligne budgétaire. Des écogardes affirment accumuler plusieurs mois sans salaire, une situation que certains lient à des drames personnels, jusqu’à des décès faute de moyens pour se soigner.
Ces témoignages, à ce stade, relèvent du déclaratif et n’ont pas de traduction chiffrée équivalente à celle du courrier ministériel : le document consulté établit une dette de l’État envers les comptes du MINEF et une suspension des reversements, mais ne mentionne à aucun moment, explicitement, la prime sectorielle des écogardes. Il évoque en revanche, en termes génériques, des « charges sociales » que les faibles taux d’affectation ne permettent pas de couvrir — une catégorie budgétaire qui inclut généralement ce type de rémunération, sans que l’on puisse établir avec certitude si la prime des écogardes en relève précisément ou dépend d’une autre ligne. Le lien entre le blocage des comptes 4663-339, 4663-340 et 4663-341 et le non-versement de cette prime précise reste donc à faire confirmer par le Ministère des Eaux et Forêts ou par le Trésor Public.
Une sortie de crise à double vitesse
Le Ministre de l’Économie ne se contente pas du constat. Il propose, « dans l’immédiat », la tenue d’une « séance de travail » entre équipes techniques « en vue de procéder au reversement partiel » des recettes de l’exercice courant, « permettant ainsi de ne pas interrompre le fonctionnement » des services du MINEF.
À plus long terme, il invite son collègue à solliciter, dans le cadre des travaux préparatoires du Projet de Loi de Finances 2027, « le réexamen des pourcentages d’affection » du Droit de Sortie Bois et de la Taxe de Superficie Forêts — une révision qui, si elle aboutit, pourrait desserrer l’étau budgétaire dénoncé depuis trois ans.
Les questions qui restent posées
Ce courrier a le mérite de sortir du silence administratif une réalité que subissent des agents de terrain : l’État reconnaît lui-même que le financement du secteur forestier est insuffisant et que les comptes qui l’alimentent sont bloqués. La cohérence est troublante : mêmes années (2021-2026 pour la dette, « trois ans » pour les taux insuffisants, « deux ans » pour les primes impayées selon les agents), même administration, mêmes « charges sociales » citées comme non couvertes. Mais un faisceau d’indices cohérent n’est pas une preuve directe : le document ne permet pas, à lui seul, d’établir que cette dette explique spécifiquement le non-paiement des primes évoqué par les écogardes.
Reste à savoir : le reversement partiel évoqué dans ce courrier a-t-il eu lieu ? A-t-il permis d’apurer les arriérés de prime ? Et surtout, combien de temps les agents de terrain devront-ils encore attendre la révision budgétaire promise pour 2027 ? A ce jour, le Ministère des Eaux et Forêts et la Direction Générale de la Comptabilité Publique et du Trésor n’ont pas encore répondu à ces questions.
