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Gabon :  Travaux de la discorde, le Canton Kess face au Conseil départemental du Ntem

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À Kess, dans le quatrième siège du département du Ntem, la route cristallise désormais un malaise entre populations, élus locaux et responsables publics. À l’approche des pluies, une controverse autour de la réfection de plusieurs ouvrages, notamment le pont de la rivière Ntong, fait monter la tension. Au centre du débat : l’urgence des travaux et la place de l’expertise technique.

Dans le canton Kess, les anciennes pistes cacaoyères entretenues à la force des bras semblent appartenir à une autre époque. Après l’arrivée des engins des Travaux publics et le passage des pistes au statut de routes départementales, les populations disent pourtant avoir longtemps attendu des interventions régulières. Depuis les années 1990, les opérations auraient été rares, hormis quelques interventions ponctuelles, dont celles menées avec l’appui du génie militaire sous l’impulsion de Jessy Ella Ekogha.

Depuis le retour du multipartisme en 1990, les populations ont régulièrement lié leur attente politique aux problèmes de route et de cacao. Malgré les scrutins successifs jusqu’en 2025, les difficultés d’accès demeurent : bourbiers, ponts dégradés, végétation envahissante et pentes glissantes compliquent les déplacements et alimentent l’exode rural.

L’initiative citoyenne

À l’orée de la saison des pluies, les habitants ont choisi de ne plus attendre. Une collecte auprès des ressortissants de Kess a été engagée pour contribuer à l’ensoleillement de la voie et aux réparations urgentes. Parmi les cotisants figure Maurice Ntossui Allogo, ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune.

Mais certains habitants espéraient surtout une mobilisation du Conseil départemental du Ntem, qui avait lancé une campagne de réfection de ponts destinée à faciliter le passage des engins. Après les travaux sur le pont de Kess, le chantier se serait arrêté.

Le rapport des Travaux publics au cœur du débat

Le procès-verbal de visite du 24 juin 2026, établi par la Subdivision des Travaux publics de Bitam, porte sur des ouvrages en bois défectueux et conclut à la nécessité de travaux d’urgence. Deux itinéraires sont concernés : Okok-Nkoum-Missélé, sur la RD 9203 longue de 31 kilomètres, et Tchimazock-Mendoung-Nkoum, sur la RD 9204 longue de 17 kilomètres.

L’état des besoins fait apparaître sept ponts, 203 madriers, 234 planches et 18 longrines de 15 à 20 mètres. Le procès-verbal est signé par Yannick Walter Ondounda Youndji.

C’est dans ce contexte que le pont de la rivière Ntong concentre les critiques. Selon les éléments communiqués, les prescriptions techniques prévoyaient quatre longrines fraîches pour remplacer celles devenues inutilisables. Or, l’intervention attribuée à la société forestière TTIB aurait conduit à poser des madriers sur trois longrines dégradées. L’absence alléguée d’un accompagnement des Travaux publics nourrit les inquiétudes sur la sécurité de l’ouvrage. Les documents disponibles ne permettent toutefois pas d’établir, à eux seuls, une éventuelle collusion ou un avantage personnel entre responsables et entreprise.

Quand la politique brouille la technique

La controverse oppose deux exigences : répondre rapidement à l’urgence et respecter les prescriptions destinées à protéger les usagers. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrant la présidente sur le terrain ont été diversement accueillies. Pour les populations critiques, l’essentiel reste la sécurité du pont à la prochaine saison des pluies.

Le débat s’est aussi chargé de considérations politiques et communautaires. Des appels à la retenue auraient circulé pour ne pas fragiliser le ministre des Eaux et Forêts. Si cette lecture était confirmée, elle déplacerait le problème : la sécurité d’un pont relève de l’intérêt général et de règles techniques établies.

Kess ne demande pas une bataille de personnes

À l’heure où les populations réclament la reprise des travaux sur le pont de Ntong conformément aux indications des Travaux publics, l’urgence est de sortir de la confrontation. Kess a besoin de routes praticables et de ponts sûrs, non d’une querelle de leadership.

L’exemple pourrait venir de Maurice Ntossui Allogo et de Darlène Ntongone Akue, présidente du Conseil départemental du Ntem. Installée en décembre 2025, cette dernière avait placé son mandat sous les signes de l’écoute, de la cohésion et du travail. Les deux responsables pourraient réunir les Travaux publics, les élus et les représentants des populations pour sécuriser les ouvrages et fixer un calendrier. Ce serait donner un contenu concret à la politique de construction portée par Brice Clotaire Oligui Nguema : faire primer l’intérêt général, la compétence et la concertation sur les rivalités. À Kess, la route ne devrait être ni celle d’un camp ni celle d’un autre, mais celle du développement.

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