Dans ce quartier populaire du 3e arrondissement de Libreville, face au Stade Omnisports, une installation d’approvisionnement en eau potable intrigue autant qu’elle interroge. Sur le trottoir, un lavage automobile cohabite avec un forage équipé de plusieurs réservoirs. L’eau y est puisée, stockée puis vendue aux populations. Une activité qui, derrière l’apparente banalité d’un commerce de proximité, soulève de sérieuses questions sur l’occupation du domaine public, l’hygiène et la qualité de l’eau destinée à la consommation.
La scène photographiée est difficile à ignorer. Sur le bas-côté, un imposant réservoir jaune domine plusieurs cuves rouges. Des tuyaux et des raccordements serpentent autour de l’installation, tandis que des bidons en plastique attendent leur remplissage. À quelques mètres, des véhicules taxis sont stationnés devant le lavage. Le sol est humide, marqué par des écoulements d’eau et des traces de boue. À gauche, un canal semble longer l’installation, en contrebas d’un aménagement de fortune fait notamment de planches.
Le trottoir, normalement destiné à la circulation des piétons, est ainsi en partie occupé par cette activité. Le passage devient étroit, encombré par les équipements, les bidons, les tuyaux et les eaux rejetées. Mais le plus surprenant se trouve peut-être ailleurs : cette installation ne servirait pas uniquement au lavage des véhicules. Le forage serait également devenu un véritable point de vente d’eau aux riverains.
Selon les informations recueillies auprès des gérants du lavage et du forage, l’installation aurait été réalisée avec l’accord du maire du 3e arrondissement. Ils affirment également verser de l’argent à la mairie pour l’occupation de cet espace du domaine public. Des affirmations qui mériteraient naturellement d’être vérifiées auprès des autorités municipales concernées.
De l’eau sous terre, mais quelle eau ?
Le commerce est désormais établi. Le bidon de 20 litres serait vendu à 5 000 francs CFA. Dans une capitale régulièrement confrontée aux coupures et aux tensions sur l’approvisionnement, une telle activité peut apparaître, à première vue, comme une réponse à une demande réelle. Mais une question essentielle demeure : quelle est exactement la qualité de cette eau ?
Les responsables rencontrés soutiennent qu’elle proviendrait de la nappe phréatique. Pourtant, l’environnement immédiat du forage nourrit le doute. L’installation se trouve à proximité d’un canal présentant des signes visibles d’insalubrité et d’accumulation d’immondices. Rien, dans ce qui est observable sur place, ne permet évidemment de déterminer la qualité microbiologique ou chimique de l’eau. Surtout, aucune expertise scientifique attestant sa potabilité n’a été portée à notre connaissance.
Une source proche des services municipaux, approchée par notre équipe, résume la difficulté : « Au moment où nous avons des tensions hydriques, des coupures d’eau en permanence, toute source d’approvisionnement en eau est vitale. » Certes. Mais la pénurie ne saurait, à elle seule, constituer un certificat de potabilité.
Le domaine public au cœur des interrogations
Car une autre question se pose : peut-on autoriser l’installation durable d’un commerce sur un trottoir, au point de réduire l’espace réservé aux piétons et de laisser s’écouler des eaux usées sur la voie ? Et si l’autorisation municipale évoquée par les exploitants est confirmée, sur quelle base et selon quelles conditions sanitaires et administratives ?
L’interrogation devient d’autant plus forte que le 3e arrondissement connaît parallèlement des opérations visant à libérer l’espace communal. Des habitants observent donc avec étonnement que certaines occupations font l’objet de déguerpissements tandis que ce lavage et ce forage, installés sur le domaine public, n’auraient, selon les informations recueillies, reçu aucun avis de départ.
Les services compétents en matière d’hygiène publique sont désormais interpellés. Il ne s’agit pas de condamner par principe cette source d’approvisionnement, mais de la faire contrôler. Une analyse officielle de l’eau permettrait de lever les doutes et, surtout, de protéger les consommateurs.
Car lorsqu’une eau destinée à être bue sort d’un forage installé au milieu d’un environnement potentiellement contaminé, le silence n’est plus une réponse. À Likouala, derrière un simple réservoir posé sur un trottoir, c’est la frontière entre nécessité sociale, commerce, salubrité publique et responsabilité municipale qui semble aujourd’hui posée. Et cette frontière mérite d’être clairement établie avant que la soif des Librevillois ne devienne une raison suffisante pour leur faire boire n’importe quelle eau.
