Dans la zone industrielle d’Oloumi, les grues d’un centre commercial flambant neuf dominent désormais le voisinage immédiat des locaux de la Direction générale de la documentation et de l’immigration (DGDI). Or cette administration ne traite pas des dossiers ordinaires : elle gère des pièces d’identité, des données personnelles et des missions touchant directement à la sécurité nationale. Cette proximité mérite une attention particulière.
La DGDI délivre les titres destinés aux nationaux comme aux étrangers et pilote les politiques d’entrée, de séjour et de travail des ressortissants étrangers, tout en luttant contre l’immigration irrégulière. Ses guichets traitent passeports, Carte nationale d’identité électronique (CNIE), cartes de séjour et visas électroniques.
En parallèle, ses services centralisent des renseignements touchant à la sûreté du territoire, des institutions et de l’économie du pays, surveillent les flux migratoires et participent à la sécurisation des documents d’identité et de voyage — des missions que le ministère de l’Intérieur ne cesse de rappeler comme essentielles.

Une proximité commerciale qui appelle des précautions
C’est précisément cette sensibilité qui donne du poids à l’installation d’un espace commercial juste à côté. Le futur centre, aujourd’hui en construction, drainera son lot d’employés, de clients, mais aussi d’équipements de télécommunication, de caméras, de réseaux Wi-Fi et d’infrastructures numériques diverses.
Personne ne prétend que ce chantier représente en soi un danger, et il n’est pas question de jeter le soupçon sur ceux qui l’occuperont demain. La véritable question porte sur les failles potentielles qu’une telle cohabitation peut ouvrir. Antennes-relais, dispositifs de vidéosurveillance, bornes Wi-Fi ou objets connectés : chacun de ces éléments devra être répertorié et surveillé de près.
Parmi les risques à écarter figurent l’intrusion physique, la captation de données sensibles, le piratage d’équipements ou encore l’implantation de logiciels malveillants. La proximité géographique n’engendre pas mécaniquement une brèche, mais elle commande une vigilance accrue de la part des autorités concernées.
Quand le climat numérique national ajoute à l’inquiétude
Ce dossier prend une résonance particulière dans le contexte numérique que traverse actuellement le Gabon. Depuis le 17 février 2026, date à laquelle la Haute Autorité de la communication (HAC) a ordonné la coupure des réseaux sociaux jusqu’à nouvel ordre, sept mois et six jours se sont écoulés au 23 septembre. Pour continuer à naviguer, nombre d’internautes se sont tournés vers des VPN.
Mais ce réflexe ne suffit pas à garantir une protection totale. Les agences américaines CISA et NSA le rappellent : un VPN mal paramétré ou insuffisamment sécurisé peut lui-même devenir une porte d’entrée vers des réseaux qu’il est censé protéger. Pour une structure comme la DGDI, s’en remettre à ce type d’outil serait donc largement insuffisant ; seuls des dispositifs de sécurité bien plus robustes peuvent répondre à l’enjeu.
Tout commence par une surveillance rapprochée du périmètre. Il serait logique que les équipes de la DGDI soient consultées à chaque étape du chantier dès lors que des installations — antennes, équipements télécoms, caméras, réseaux sans fil ou autres — risquent d’interagir avec son environnement immédiat, qu’il soit physique ou numérique. Ces éléments doivent pouvoir être recensés et, au besoin, strictement encadrés.
À Oloumi, l’enjeu n’est ni de freiner le projet commercial ni de suspecter par avance ceux qui le fréquenteront. Il s’agit d’anticiper plutôt que de subir. Quand une institution détient des données aussi stratégiques que l’identité documentaire et numérique d’un pays, chaque construction voisine doit intégrer cette réalité dès sa conception. La prudence, ici, n’a rien d’une défiance : c’est une précaution qui s’impose d’elle-même.












