AccueilActualitéPolitiqueGabon : L’ombre du « Parti-État » plane-t-elle à nouveau sur le Palais Rénovation ?

Gabon : L’ombre du « Parti-État » plane-t-elle à nouveau sur le Palais Rénovation ?

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La récente audience accordée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema aux cadres du Parti démocratique gabonais (PDG), venus en treillis partisans, suscite une vive controverse. À travers une interpellation mûrement pesée, la députée Justine Lekogo brise un tabou et pose la question centrale de la transition : la rupture promise le 30 août 2023 s’est-elle dissoute dans les vieux réflexes du pouvoir ?

Le Palais du bord de mer a des murs qui parlent, et la grammaire des symboles y est toujours politique. Lorsque les hiérarques et les militants du Parti démocratique gabonais (PDG) ont franchi le perron du Palais présidentiel la semaine dernière, ce n’est pas la discrétion qu’ils recherchaient. Arborant fièrement le pagne traditionnel aux couleurs de leur formation, affichant de manière ostentatoire les effigies de leur appareil, les anciens maîtres de Libreville ont mis en scène leur grand retour dans le jeu institutionnel. Face à eux, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a acté cette audience. Mais l’image, retransmise et commentée, a provoqué une véritable onde de choc au sein de la classe politique et de la société civile.

Pour la députée Justine Lekogo, cette séquence ne relève pas d’un simple écart de protocole ou d’une coquetterie vestimentaire. Elle touche au cœur même de la neutralité républicaine. En brisant le silence, l’élue a résumé le malaise général d’une formule ciselée : « Le Palais de la République n’est pas le siège d’un parti politique. Et le Président de la République n’est pas le président d’un comité de soutien ».

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Le spectre de la confusion des genres

Derrière cette mise en garde se profile le procès d’une pratique que le Gabon pensait avoir enterrée avec le renouveau promis depuis le 23 août 2023 : la confusion systémique entre les structures de l’État et les intérêts d’une chapelle politique. Durant plus d’un demi-siècle, le PDG a fonctionné comme un parti-unique, puis comme un parti-état, fusionnant ses ambitions avec l’appareil administratif et logistique de la Nation.

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Justine Lekogo rappelle une règle élémentaire du droit constitutionnel : lorsqu’il reçoit au Palais, le chef de l’État se dépouille de toute considération partisane. Il y incarne l’unité de la Nation et l’universalité de la citoyenneté gabonaise. Dès lors, tolérer que les emblèmes d’une organisation spécifique s’approprient visuellement l’enceinte sacrée de la présidence introduit une rupture d’égalité flagrante. La députée pose ainsi une question en forme de miroir : l’Union démocratique et sociale (UDB) ou toute autre force politique émergente de l’opposition pourrait-elle aujourd’hui s’offrir une telle tribune, en uniformes et bannières déployées, au sein du sanctuaire de la République ?

Une démonstration de force dans l’arène de la Transition

Au-delà de la stricte orthodoxie républicaine, cette audience publique ressemble à s’y méprendre à un coup politique de l’ancien parti au pouvoir. Fragilisé, décrié et comptable du bilan de l’ancien régime après le coup de libération du 30 août 2023, le PDG cherche manifestement à reconquérir sa légitimité perdue. En s’affichant ainsi auprès du nouvel homme fort de Libreville, le parti d’Omar et d’Ali Bongo envoie un signal clair : il reste une force de mobilisation incontournable avec laquelle le pouvoir de la Ve République doit composer.

C’est précisément ce retour des vieux réseaux et des anciennes habitudes qui alimente l’inquiétude de Justine Lekogo et d’une partie de l’opinion publique. Trente-six mois après l’enthousiasme populaire qui a salué la chute de l’ancien régime, le doute s’installe chez ceux qui espéraient une refondation éthique de la vie publique. « Qu’avons-nous réellement changé ? », interroge l’élue avec gravité. Pour elle, le pouvoir actuelle ne peut se réduire à un jeu de chaises musicales, à un simple repositionnement d’acteurs d’hier ou à des arrangements d’appareils en coulisses.

L’avertissement aux cabinets du pouvoir

La démarche de la députée se veut toutefois rigoureuse et exempte de toute volonté d’exclusion. Elle ne conteste pas au PDG son droit à l’existence légale, sa liberté de tenir des congrès, de solder ses crises internes ou de concourir aux futurs scrutins. Ce qu’elle récuse, c’est l’instrumentalisation des plateformes de l’État à des fins de réhabilitation politique.

L’interpellation cible également, de manière sous-jacente, l’entourage et les conseillers du président de la République. En validant une telle mise en scène, le cabinet présidentiel prend le risque d’affaiblir l’image d’arbitre au-dessus des mêlées du chef de l’Etat Oligui Nguema. Au lieu de consolider l’union nationale, ces images réactivent les traumatismes d’une gouvernance accaparée par un clan.

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Alors que le Gabon dessine laborieusement les contours de sa future architecture démocratique, cette polémique rappelle que la rupture est un combat de chaque instant. Elle ne se décrète pas dans les déclarations d’intention, elle se vérifie dans l’ascèse du pouvoir, le respect des formes et la sacralisation des espaces publics. La conclusion de Justine Lekogo résonne comme un garde-fou pour l’avenir : « Le Président de la République appartient à la République. Le Palais appartient au peuple gabonais. Et la République ne doit jamais redevenir la propriété d’un parti. » Les semaines à venir diront si le message a été entendu au sommet de l’État.

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