Un accident d’une rare violence a coûté la vie à un notable de la Sous-préfecture de Ndambi et fait deux blessés graves sur l’axe Okondja-Lastourville. Derrière ce drame de la route se cache un scandale environnemental et sanitaire bien plus vaste : l’abandon délibéré des mesures d’arrosage des pistes par l’opérateur minier, plongeant les populations locales dans un enfer de poussière toxique.
Le réveil a été brutal ce lundi 6 juillet pour les habitants entre Okondja et Lastourville, dans les provinces du Haut-Ogooué et de l’Ogooué-Lolo. Un choc routier d’une violence inouïe est venu rappeler une vérité amère que les riverains dénoncent depuis des années : sur l’axe reliant Okondja à Lastourville, le business du manganèse circule au mépris le plus total des vies humaines.
Une collision aveugle au cœur du convoi
Le drame s’est noué en matinée, au milieu d’un épais écran de particules fines. Un camion gros-porteur lourdement chargé de minerai de manganèse est entré en collision avec une Toyota de convoyage. Ironie tragique du sort : ce véhicule léger appartenait à la même logistique minière et avait précisément pour mission de devancer le mastodonte pour alerter les automobilistes circulant en sens inverse.

Cet accident soulève toutefois une question lancinante, presque inexplicable en l’état actuel des informations disponibles. Comment un camion peut-il percuter le véhicule censé le précéder, dont la mission même est d’ouvrir la route et de le devancer ? Sur ce type de convoi minier, une distance de sécurité importante est pourtant systématiquement observée entre le véhicule convoyeur et le poids lourd qu’il est chargé de guider. Cette collision entre les deux éléments d’un même convoi appelle donc des explications précises de la part de l’opérateur minier : cette distance réglementaire a-t-elle été respectée ce jour-là, et si oui, comment expliquer qu’elle n’ait pas suffi à éviter le pire ?

Sur les lieux du sinistre, notre équipe de reportage a pu constater l’ampleur des dégâts quelques minutes seulement après l’impact. Le bilan est lourd : un mort sur le coup et deux blessés graves, le conducteur de la Toyota et un autre passagers, évacués en urgence absolue vers le dispensaire d’Okondja, dans un premier temps, puis vers l’hôpital Amissa de Franceville. La victime décédée n’est pas un inconnu. Il s’agit de l’un des notables de la sous-préfecture de Ndambi. Il s’était déplacé ce matin-là uniquement pour percevoir son indemnité mensuel. Il s’était glissé dans le véhicule, espérant simplement rentrer chez lui. Sa trajectoire s’est arrêtée net, brisée par ce que la communauté locale qualifie déjà de pure « négligence humaine ».
L’enfer routier de la « poussière noire »
Comment un tel accident a-t-il pu se produire entre deux véhicules d’un même convoi ? La réponse tient en un mot qui empoisonne la région : la visibilité. Que la chaussée soit bitumée ou non sur cet axe, le passage incessant des rotations de bennes minières soulève d’immenses vagues de poussière de manganèse. Ce jour-là, l’atmosphère était si saturée que la visibilité sur la route était totalement nulle, transformant la conduite en une roulette russe permanente.
Pourtant, cette fatalité n’en est pas une. Il y a encore quelques mois, face à la colère grandissante des villages et aux barrages de protestation des riverains, la direction de la compagnie minière appliquait une mesure de bon sens. Des camions-citernes parcouraient régulièrement la chaussée pour l’arroser abondamment, fixant ainsi les poussières au sol, en particulier durant la dangereuse saison sèche. Mais cette pratique salvatrice a été unilatéralement suspendue depuis bien longtemps pour des raisons d’économies budgétaires. Depuis, les populations regardent passer, impuissantes, des montagnes mobiles de résidus toxiques.
Le silence coupable de la RSE
Au-delà de l’insécurité routière chronique, c’est une véritable crise sanitaire qui frappe l’arrière-pays. L’inhalation quotidienne, intempestive et prolongée de ces poussières de métaux lourds provoque une explosion des pathologies respiratoires (asthme sévère, infections pulmonaires, toux chroniques) chez les enfants et les personnes âgées des villages traversés.
« Nous sommes devenus les victimes expiatoires de multinationales dont le seul indicateur de performance est le chiffre d’affaires », s’indigne un notable local. Alors que la loi gabonaise impose désormais des obligations strictes en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pour l’exploitation minière à l’intérieur du pays, le constat sur le terrain est accablant. Les retombées économiques promises se limitent à des nuisances sonores permanentes et à un deuil de plus. Après ce nouveau décès, le silence de l’exploitant et le manque de contrôle des autorités de régulation ne feront qu’alimenter une colère sociale prête à exploser.
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