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Gabon : Les « oubliés » du Génie militaire, de la promesse de l’emploi au désespoir du chômage

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Formés aux métiers de la conduite d’engins lourds au pas de charge par le Génie militaire à l’initiative des autorités de la Transition, environ 600 jeunes Gabonais dénoncent aujourd’hui un abandon institutionnel. Plus d’un an après avoir brandi fièrement leurs parchemins, ils se retrouvent pris au piège d’un chômage endémique, malgré les promesses répétées d’insertion professionnelle. Enquête sur un grand projet devenu un mirage social.

L’initiative avait pourtant les contours d’une success-story républicaine. Porté par la volonté du président de la République, à l’époque de la Transition, de doper l’employabilité de la jeunesse et de nationaliser la main-d’œuvre dans les secteurs stratégiques du BTP, des mines et des transports logistiques, ce programme de formation d’élite devait servir de passerelle directe vers le monde de l’entreprise. Entre septembre 2024 et début 2025, les casernes du Génie militaire de Libreville ont ainsi vu défiler des centaines de jeunes Gabonais, rigoureux, enthousiastes, prêts à bâtir le « Gabon Nouveau ».

Diplômés… mais assis à la maison.
Diplômés… mais assis à la maison.

Mais plus d’un an après la fin des classes, le rêve s’est fracassé contre le mur des réalités économiques. Dimanche 17 mai 2026, le collectif de ces 600 conducteurs d’engins et de poids lourds est sorti de sa réserve. Un cri de détresse qui pose une question crue à l’appareil d’Etat : à quoi sert-il de former à grands frais si aucun débouché n’est sécurisé ? « Aujourd’hui, nous sommes condamnés à rester à la maison, avec pour seules armes des permis et des attestations de réussite qui ne nous servent à rien », fustige Mba Bekale, porte-parole du collectif, la voix teintée d’une amertume palpable.

Le grand paradoxe de l’expérience et le silence des entreprises

Ce qui siphonne l’énergie de ces jeunes professionnels, c’est l’impression de tourner à vide dans un labyrinthe bureaucratique. A la demande expresse des autorités, le collectif a pourtant joué le jeu de la proactivité. Ils ont recensé les entreprises nationales et multinationales opérant sur le territoire, listé les chantiers, transmis des dossiers complets aux ministères techniques. Des promesses fermes ont été formulées au sommet de l’Etat. Puis, le mécanisme s’est grippé. A la place de l’insertion promise, un silence radio assourdissant.

Sur le marché de l’emploi, ces jeunes diplômés se heurtent désormais à un argument de fermeture standardisé. « On nous exige partout trois à cinq ans d’expérience professionnelle, alors que nous sortons à peine des centres de formation du Génie militaire », déplore le porte-parole. Un véritable cercle vicieux : comment acquérir cette fameuse expérience si aucune entreprise ne consent à accorder une première chance à la main-d’œuvre locale ?

Compétences en friche et drames humains à huis clos

Au-delà de la fracture politique, le coût économique de ce statu quo est absurde. La conduite d’engins de chantier (excavatrices, bulldozers, dumpers) exige une pratique régulière pour maintenir les réflexes de précision. En restant sur la touche, ces 600 jeunes perdent progressivement leurs acquis techniques. Les automatismes s’érodent, et avec eux, l’investissement financier colossal consenti par l’Etat gabonais pour leur formation.

Derrière les statistiques froides du chômage, l’enquête de terrain révèle des trajectoires brisées à huis clos. Loyers impayés, dettes familiales accumulées pour soutenir la scolarité, déchéance sociale. L’espoir a laissé place au sentiment de déclassement. Dans les quartiers populaires de Libreville, ces anciens stagiaires du Génie militaire affirment être devenus la risée de leur entourage, pointés du doigt après avoir été érigés en symboles de la réussite de la Transition. Le collectif ne cache plus sa vive inquiétude face à la détresse psychologique croissante de ses membres, où la dépression et l’alcoolisme guettent ceux qui ne rêvaient que de conduire les grands chantiers de la restauration du pays.

Souveraineté économique en question

Le malaise est d’autant plus profond que le contraste sur le terrain est saisissant. Pendant que ces 600 conducteurs nationaux attendent un signe du gouvernement, plusieurs entreprises adjudicataires de marchés publics continuent, selon le collectif, de recruter massivement une main-d’œuvre expatriée pour manœuvrer les engins lourds sur les axes routiers et miniers du pays.

Le gouvernement ne pourra pas faire l’économie d’une réponse structurelle. Former sans plan d’insertion, c’est fabriquer une armée de frustrés. Former sans suivi sectoriel, c’est dilapider les deniers publics. Si l’initiative n’était qu’un coup de communication politique, la faute serait lourde. Aujourd’hui, ces 600 Gabonais ne demandent ni aumône, ni traitement de faveur. Ils exigent l’application du pacte républicain qui leur a été proposé : travailler dignement pour leur patrie.

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