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Gabon : Fonction publique « pléthorique » une contrevérité, selon Jean Remy Yama

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Pendant que les technocrates s’étourdissent de chiffres et de courbes pour justifier l’austérité, la réalité du terrain vient gifler les théories de salon. En affirmant que la fonction publique gabonaise n’est pas « pléthorique », Jean Rémy Yama lève le voile sur une imposture budgétaire qui semble sacrifier le peuple au nom d’une rationalisation aveugle.

Invité chez Gabon Media Time, Jean Rémy Yama, président du Parti pour le Travail et le Progrès (PTP), a choisi de briser ce miroir aux alouettes. Sa thèse est aussi simple qu’implacable : on ne peut pas parler de « sureffectif » quand les structures de base du pays sont en état de mort clinique.

L’éducation et la santé : le désert derrière le graphique. Comment oser parler d’une administration saturée quand, dans nos écoles, un seul enseignant tente de faire face à une marée humaine de cent élèves par classe ? Comment justifier le gel des recrutements quand nos hôpitaux de province se transforment en mouroirs, faute d’infirmiers et de personnel soignant ?

Pour Yama, le constat est cinglant : le prétendu « ratio raisonnable » de 30 élèves par classe n’est qu’un mirage lointain. Atteindre ce standard exigerait une vague de recrutement massive. Le problème n’est donc pas l’excès de bras, mais une répartition inique et un déficit structurel orchestré par des années de gestion désastreuse.

L’héritage empoisonné du gel des concours

Le mal vient de loin. Sous l’ancien régime, le gel cynique des recrutements et des concours administratifs a agi comme un garrot sur les services sociaux de base. On a laissé l’administration vieillir et s’étioler pendant que les besoins d’une population croissante explosaient.

Aujourd’hui, crier à la « saturation » n’est rien d’autre qu’une stratégie d’évitement. En refusant de recruter, l’État pousse insidieusement les Gabonais vers le secteur privé. C’est une forme de privatisation déguisée de la survie : si tu ne peux pas payer pour l’école ou la clinique privée, tu es condamné à l’abandon.

Une faillite morale travestie en contrainte budgétaire

Le débat dépasse largement la simple comptabilité de la masse salariale. Il s’agit d’un choix de société. Sacrifier l’accès universel aux services essentiels sous prétexte de « contraintes budgétaires » est une insulte à la population la plus précaire.

En fin de compte, l’argument de la fonction publique « pléthorique » ne sert qu’à masquer l’incapacité, ou le refus, de l’État à remplir son contrat social. Yama nous rappelle une vérité brutale : un État qui ne soigne plus et n’éduque plus n’est pas un État « rationnel », c’est un État qui démissionne.

Le Gabon face aux standards : les chiffres du renoncement

Si les chantres de la rigueur budgétaire crient à la « pléthore », la confrontation avec les normes internationales révèle une tout autre réalité. Le « sureffectif » gabonais est une illusion d’optique qui cache une démission des services essentiels.

Le naufrage des ratios dans le secteur de l’éducation. Alors que l’UNESCO préconise un maximum de 25 à 40 élèves par enseignant pour un apprentissage de qualité, de nombreuses classes au Gabon dépassent les 100 élèves. Dans ces conditions, l’absence de recrutement n’est plus de la gestion, c’est du sabotage pédagogique.

Le seuil de survie non atteint dans le secteur santé. L’OMS fixe un seuil de 4,45 personnels de santé (médecins, infirmiers, sages-femmes) pour 1 000 habitants pour garantir une couverture santé universelle. Le Gabon, malgré ses ressources, peine à maintenir ses effectifs dans les déserts médicaux de l’arrière-pays, là où le privé est inexistant.

Masse salariale contre qualité de service. Comparer la masse salariale au PIB sans regarder la qualité du service rendu est une malhonnêteté intellectuelle. Le problème gabonais n’est pas le nombre de fonctionnaires, mais leur concentration dans les bureaux de Libreville au détriment des hôpitaux et des écoles de l’intérieur.

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