« Cri d’alarme », « pollution d’une ampleur effroyable », « situation écologiquement intenable » : à Setté Cama, les ONG et la société civile tirent la sonnette d’alarme et dénoncent une catastrophe écologique majeure après la rupture d’un pipeline, exigeant vérité, réparation et justice environnementale.
Le 27 mars 2025, à Setté Cama, l’ONG ROLBG et l’ONG IBONGA ont publié un « communiqué d’alerte environnementale » dénonçant une « pollution massive par hydrocarbures suite à la rupture d’un pipeline ». Selon elles, le déversement de brut menace « immédiatement l’un des joyaux de la biodiversité gabonaise ».
« Une situation apocalyptique » sur le terrain
Les équipes présentes sur place décrivent « une situation apocalyptique ». La « nappe de pétrole s’étend sur les écosystèmes fragiles de Setté Cama, souillant les eaux et les sols ». L’impact sur la faune et la flore est jugé « critique et dangereux ».
Les conséquences humaines sont tout aussi alarmantes. Les activités de pêche, d’agriculture et de tourisme seraient « paralysées », plongeant les communautés locales dans « une précarité accrue ». Ce territoire, réputé pour sa richesse écologique et son potentiel écotouristique, se retrouve brutalement confronté à une menace durable sur ses ressources naturelles et ses moyens de subsistance.
La société civile exige transparence et responsabilités
Soutenues par le Vénérable Georges Mpaga, les ONG interpellent les autorités parlementaires et gouvernementales. Elles réclament « une transparence totale sur les circonstances de cet incident » ainsi que « la publication immédiate des rapports techniques relatifs à l’intégrité des infrastructures pétrolières ».
Au cœur de leurs revendications figure l’application stricte du principe « Pollueur-Payeur ». L’entreprise responsable doit, selon elles, assumer « l’intégralité des coûts » liés au confinement, au nettoyage d’urgence, à la « réhabilitation écologique des sols, des zones humides et des écosystèmes marins » ainsi qu’à la « restauration à long terme des habitats naturels ».
Elles exigent également une « évaluation environnementale indépendante » confiée à des cabinets internationaux « accrédités et impartiaux », chargés de produire « un rapport public sous 30 jours ».
Protection des populations et commission citoyenne
Les ONG demandent « l’arrêt immédiat de la fuite », la « sécurisation technique du pipeline », le déploiement de « barrières de confinement » et une « information claire et régulière des populations riveraines ».
Elles plaident pour « une indemnisation juste et rapide des victimes », la création d’un « fonds d’urgence » pour les pêcheurs, agriculteurs et riverains impactés, ainsi qu’un « dédommagement de l’État gabonais pour les préjudices écologiques, économiques et patrimoniaux ».
Enfin, elles réclament la mise en place d’une « Commission Mixte de Suivi » intégrant société civile, élus, communautés locales et « experts techniques indépendants », afin de « superviser les opérations de nettoyage » et « assurer le suivi des engagements pris ».
Comme le martèlent les signataires : « La situation est écologiquement intenable. Nous ne laisserons pas cette agression contre notre patrimoine naturel sans réponse. Chaque partie doit désormais prendre ses responsabilités devant l’histoire, devant les générations présentes et futures. »
Le CESEC appelle à une réponse fondée sur la science et la rigueur
Le Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), par son président Guy Bertrand Mapangou, a exprimé sa « vive préoccupation » face à la vulnérabilité des écosystèmes marins. Il rappelle que la prospérité pétrolière doit s’accompagner du respect de la biodiversité, appelant à une réponse institutionnelle rigoureuse et transparente, notamment via le Programme national d’évaluation environnementale des sites industriels (PESISE).
Le CESEC préconise des protocoles stricts de réhabilitation, des exigences renforcées pour les régulateurs et une transparence totale, insistant sur la protection des écosystèmes comme impératif stratégique pour les générations futures.
À Setté Cama, l’alerte des ONG dépasse le simple cadre d’un incident industriel : elle pose la question cruciale de la protection du patrimoine naturel gabonais face aux risques pétroliers. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, c’est bien l’équilibre écologique, la dignité des populations locales et la crédibilité des engagements environnementaux de l’État qui se joueront dans cette marée noire. L’heure n’est plus aux communiqués techniques, mais à l’action, à la transparence et à la responsabilité. (3 087 signes)


