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[TRIBUNE LIBRE] La lutte contre la vie chère sous le prisme de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) : le constat du Réseau pour la Protection des Consommateurs du Gabon (RPCG)

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Face à la multiplication des marchés mensuels de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG), le Réseau pour la Protection des Consommateurs du Gabon (RPCG) dresse un bilan critique de la lutte contre la vie chère. Dans cette tribune libre, l’organisation dénonce le dévoiement des missions initiales de la structure, l’opacité entourant le choix des importateurs et une concurrence déloyale envers le commerce local. Face à une superposition inefficace avec la Mercuriale officielle, le réseau appelle à une évaluation urgente pour restaurer l’orthodoxie financière et fonctionnelle de l’institution.

L’espoir était né en nous, consommateurs et citoyens gabonais, à l’annonce de la création de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG). Les populations avaient vu à travers cette innovation la solution immédiate, et durable, pour garantir et préserver le pouvoir d’achat de nos compatriotes. L’accès aux produits de première nécessité représentait un enjeu majeur dans un contexte de lutte contre la vie chère qui demeure un combat sans fin.

Toutes les organisations de défense des consommateurs, à travers leurs leaders et le moindre citoyen, marquaient leur satisfaction devant cette lumineuse idée du Chef de l’État. Ce sentiment a d’ailleurs été abondamment exprimé dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Cependant, l’expérience du premier marché pilote d’Akanda a rapidement refroidi notre enthousiasme, même si certains ont pu ponctuellement exprimer leur euphorie au regard de la démonstration présentée pendant deux jours. Ont ensuite suivi les marchés d’Owendo, de Nzeng-Ayong (stade), de Minvoul, de Port-Gentil, de la SETRAG (gare), de Sibang (stade Monedang au PK 9) et, en projection, celui du 30 août 2026 à Makokou, à l’occasion de la fête de la Libération du Gabon.

Le mirage des marchés mensuels face à la réalité des ménages

Proposer un marché une seule fois par mois, soi-disant pour réaliser de bonnes affaires, est une pratique qui ne cadre pas avec la société de consommation dans laquelle nous vivons. Les citoyens ont besoin de faire leurs courses au quotidien.

Justifier le caractère mensuel de ces marchés par la prétendue rationalité des ménages à constituer des réserves est un argument insuffisant. C’est ignorer les carences criardes de nombreux foyers en dispositifs de conservation et de stockage adéquats.

Une bonne intention dévoyée par un changement de cap

À travers la presse, nous avons tous appris que la Centrale d’Achat du Gabon a été constituée sous forme de société anonyme au capital d’un milliard de francs CFA, l’État gabonais détenant 37 % des parts contre 63 % pour sept opérateurs privés nationaux. Statutairement, la CEAG a notamment pour objet l’importation et l’achat de biens et services encadrés par l’État dans le but de réduire les coûts d’approvisionnement, ainsi que la négociation et la centralisation des commandes de denrées de première nécessité.

Initialement, la CEAG devait réguler l’importation de ces produits et accorder des agréments aux importateurs adhérents selon des critères objectifs, en se rémunérant par des commissions sur la valeur des cargaisons. Pourtant, cette mission prend désormais une tout autre voie. Si l’on écoute son Directeur Général, la CEAG assurera dorénavant elle-même les commandes, l’importation et la mise sur le marché des produits afin de maîtriser la chaîne logistique, réduire les intermédiaires et contrôler la formation des prix.

Or, l’État ne dispose pas d’entrepôts et ne maîtrise pas les contraintes techniques d’une telle supply chain. Dans les faits, les autorités s’appuient aujourd’hui sur un importateur unique, reconnaissable sur tous ces marchés par les marques spécifiques qu’il commercialise. Cet acteur n’est pourtant pas identifié parmi les fondateurs officiels de la Centrale d’Achat. Une opacité totale règne ainsi sur les contreparties qui lui sont consenties par l’État pour pratiquer des prix jugés bas, sur des produits dont la qualité n’est pas toujours éprouvée.

Un modèle de commerce déstructuré et déloyal

Certes, certains opérateurs économiques sérieux suivent le mouvement. Cependant, ils s’apparentent plus à des faire-valoir qu’à des acteurs convaincus, car ils doivent faire fi de leur propre modèle identitaire le temps d’une foire. Il est d’ailleurs impossible pour les enseignes disposant de points de vente fixes et bien identifiés de suivre un tel exemple erratique.

Le sacrifice des petits commerçants de quartier est évident. Ils ne peuvent pas s’adapter à cette concurrence déloyale, éphémère et sporadique, bâtie sur des tarifs artificiellement bas et faussés par les avantages exclusifs accordés à l’importateur leader.

Nous pouvons ici rappeler les propos du Chef de l’État s’adressant au Parlement réuni en congrès le 15 juin 2026. Il y révélait lui-même de mauvaises pratiques et une forte spéculation dans le fonctionnement de ces marchés éphémères et furtifs.

L’urgence d’une évaluation pour garantir l’orthodoxie du système

La coexistence entre la Centrale d’Achat du Gabon et le programme global de lutte contre la vie chère, à travers sa Mercuriale officielle, interroge profondément. Tout consommateur est fondé à se demander lequel de ces deux leviers prime, et surtout pourquoi une telle superposition de systèmes se révèle au demeurant inefficace.

Les deux modèles doivent être impérativement revus. Après quelques mois d’existence, la CEAG et ses marchés populaires méritent une évaluation rigoureuse afin de redresser la barre. Il est urgent de revenir aux fondements initiaux déclinés dans ses statuts, et de garantir enfin son orthodoxie organique et fonctionnelle.

Ibrahim Tsendjiet Mboulou, Président du RPCG

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