Depuis près de deux semaines, un black-out rampant paralyse la capitale gabonaise et ses environs. Face au ras-le-bol général des populations privées d’électricité, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) invoque un incident technique majeur et des opérations de maintenance. Si l’entreprise promet un retour à la normale d’ici la fin de la semaine, la crise met en lumière la fragilité structurelle du réseau électrique national.
De Bikélé à Owendo, en passant par Awendjé et IAI, aucun quartier n’est épargné. Depuis près de quatorze jours, les habitants du Grand Libreville vivent au rythme de coupures d’électricité intempestives et prolongées. Entre colère froide et profonde inquiétude face à la perte des denrées alimentaires périssables, les ménages passent leurs nuits dans l’obscurité. Face à l’urgence, les populations exigent des comptes de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). L’opérateur historique, après une première communication timide le 17 septembre, a dû reprendre la parole mercredi 23 septembre pour tenter de calmer l’opinion.
L’effet domino d’une rupture de câble à haute tension
Selon les explications fournies par la direction de la SEEG, l’origine de cette crise remonte à la nuit du 13 au 14 septembre. Une panne majeure est survenue sur la ligne de transport électrique de 90 kV reliant Bisségué à Owendo, provoquée par la rupture brutale d’un conducteur. Cet incident technique a immédiatement déclenché un effet domino, entraînant des dysfonctionnements en cascade sur plusieurs installations stratégiques du réseau interconnecté.

Depuis lors, l’ensemble de la production électrique de la zone se trouve greffée sur une unique ligne de secours encore opérationnelle. Problème : la capacité de cette infrastructure de substitution est largement insuffisante pour absorber la demande globale, en particulier lors des pics de consommation. Pour éviter un effondrement total du système par saturation, la SEEG s’est résolue à instaurer un plan de rationnement rigoureux, coupant alternativement l’électricité par secteurs.
Le défi du système D : d’Oyem au Grand Libreville
Pour sortir de cette impasse, la compagnie nationale a dû composer avec un obstacle de taille : le départ récent de prestataires étrangers qui ont emporté avec eux leurs équipements spécialisés. Faute d’expertise externe immédiate, la SEEG a dû activer des solutions locales de « système D » à l’échelle nationale.
C’est finalement à Oyem, dans le nord du pays, qu’un matériel de remplacement compatible a été identifié. Acheminé en urgence vers la capitale, cet équipement doit permettre la réhabilitation de la seconde ligne haute tension. La direction de l’entreprise assure que les équipes techniques sont à pied d’œuvre et que les travaux de réparation lourde devraient s’achever d’ici à la fin de la semaine, ouvrant la voie à une réduction progressive des délestages.
Karpowership et la SEEG : le coût d’un calendrier intenable
À cette avarie technique est venu se greffer un fâcheux télescopage de calendrier. KarPowerShip, l’opérateur turc qui exploite le navire-centrale thermique basé au large d’Owendo, a parallèlement entamé des opérations de maintenance lourde programmées de longue date sur ses machines. Bien que jugés indispensables par l’opérateur pour garantir la continuité du service à long terme, ces travaux ont temporairement amputé le réseau interconnecté d’une part cruciale de sa capacité de production.
Si KarPowerShip et la SEEG plaident le « malheureux concours de circonstances » pour justifier ce goulot d’étranglement énergétique, l’argument peine à convaincre les usagers. Pour les Gabonais, exaspérés par les promesses répétées de modernisation, les justifications techniques ne suffisent plus : l’attente se cristallise désormais exclusivement autour d’un retour durable et sécurisé de l’électricité dans les foyers.












