Longtemps considéré comme l’homme le plus puissant de la présidence d’Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi a incarné, pour ses détracteurs, une concentration inédite du pouvoir entre les mains d’un directeur de cabinet. Son apparition au premier rang des célébrations de la fête nationale du Bénin, le 1er août 2026, ravive au Gabon le souvenir d’une époque où, selon de nombreux observateurs, les véritables centres de décision échappaient aux institutions au profit d’un cercle restreint de proches du chef de l’État. Une page que la Ve République est appelée à tourner définitivement.
Le 1er août 2026, alors que le Bénin célèbre son indépendance, une image fait réagir bien au-delà des frontières du pays. On y voit, confortablement installé aux premiers rangs de la tribune officielle, Maixent Accrombessi. Cette place d’honneur témoigne de l’influence politique et économique que le haut fonctionnaire a su conserver dans son Bénin natal, malgré la chute du régime qui l’avait porté au sommet de l’État au Gabon.
Pour de nombreux Gabonais, cette image est un coup de poing. Elle ranime le souvenir d’une gouvernance par procuration qui a marqué les quatorze années du mandat d’Ali Bongo Ondimba, dont M. Accrombessi fut le directeur de cabinet et l’un des plus proches conseillers.

L’homme de l’ombre au cœur du pouvoir
D’origine béninoise et naturalisé gabonais, Maixent Accrombessi a construit sa carrière dans l’ombre d’Ali Bongo, d’abord comme conseiller au ministère de la Défense, puis comme directeur de cabinet à la présidence de la République à partir de 2011. Ce poste stratégique en a fait l’un des rouages essentiels du régime. L’essayiste Pierre Péan le décrivait même comme « l’homme le plus haï du pays », tant son influence, jugée tentaculaire, était sujette à controverses.

Il incarnait une concentration du pouvoir que l’opposition politique n’a cessé de dénoncer, l’accusant d’être l’un des véritables maîtres à penser d’un système où les décisions stratégiques, notamment dans les secteurs du pétrole et du budget, échappaient aux circuits institutionnels traditionnels pour être gérées depuis le cercle restreint de la présidence. Pour ses nombreux critiques, il était l’archétype d’une « légion étrangère » qui, selon eux, aurait dirigé le pays par procuration.
Un passif judiciaire encombrant
Le parcours de M. Accrombessi est également jalonné de démêlés avec la justice, qui ont durablement terni son image. En août 2015, son interpellation à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle par la police française dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « corruption d’agent public étranger » et « blanchiment » a fait grand bruit. Il était soupçonné d’avoir perçu de l’argent de la société française Marck en échange de l’attribution, en 2005, d’un marché public de sept millions d’euros par le Gabon.
Rapidement libéré en raison de son immunité diplomatique, M. Accrombessi n’a pourtant pas été mis hors de cause. En novembre 2017, une information judiciaire a été ouverte à son encontre, et il a finalement été mis en examen à Paris pour « corruption passive d’agent public étranger », « blanchiment en bande organisée » et « faux et usage de faux ». Cette affaire a contribué à ancrer dans l’opinion publique l’image d’un système où les intérêts privés et les intérêts de l’État se confondaient dangereusement, sous la houlette d’un directeur de cabinet tout-puissant.
Une fortune qui alimente les spéculations
Au-delà de son influence politique, c’est la question de l’enrichissement de Maixent Accrombessi durant ses années au pouvoir qui continue d’alimenter les conversations à Libreville. Dans les cercles politiques et économiques de la capitale gabonaise, une rumeur tenace circule depuis plusieurs années : celle d’un contrôle personnel exercé sur les flux du Trésor public, qui auraient été en partie centralisés au niveau de la présidence plutôt que gérés par les circuits budgétaires classiques.
De même, Maixent Accrombessi dispose des investissements immobiliers et financiers d’ampleur, tant au Bénin, son pays natal, que dans d’autres pays. Il détient également des participations dans de grands projets d’investissement de l’époque Bongo qui se chiffrent en milliards de FCFA.
Une chose paraît difficilement contestable : durant ces années, aucune décision budgétaire ou financière d’importance ne semblait pouvoir se prendre sans l’aval de Maixent Accrombessi, une réalité qu’Ali Bongo Ondimba lui-même n’a jamais démentie.
Ce que la Ve République doit refuser de reproduire
Le procès que l’on peut légitimement instruire n’est donc pas celui d’un homme, mais celui d’un système. Pendant près quatorze ans, la conduite des affaires de l’État a pu paraître, aux yeux d’une large partie de la population, davantage dictée par la proximité avec le chef de l’État que par les prérogatives constitutionnelles des ministères et des institutions de contrôle. Le résultat de cette période continue de faire débat : un pays dont les indicateurs de développement peinent à refléter la richesse en ressources naturelles, et une défiance persistante envers les cercles du pouvoir.
La Ve République, portée par les nouvelles autorités de transition, s’est donné pour ambition de rompre avec cet héritage. Cette rupture ne pourra se faire qu’en consolidant les contre-pouvoirs institutionnels, en assurant la traçabilité et la reddition de comptes dans la gestion des finances publiques, et en refusant que la conduite de l’État repose sur des réseaux d’influence informels plutôt que sur des institutions fortes.
Le cas Accrombessi, au-delà de la personne, doit servir de leçon. Une gouvernance par les Gabonais, pour les Gabonais, avec les Gabonais et au service des Gabonais suppose que plus jamais un homme, quel qu’il soit et quelle que soit sa nationalité, ne puisse concentrer entre ses mains un pouvoir aussi étendu que celui de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. C’est à cette exigence que la nouvelle République gabonaise sera jugée.
Le défi est immense. Il s’agit de rompre avec les pratiques d’un passé où le pouvoir semblait se négocier dans l’ombre d’un cercle d’initiés, dont Maixent Accrombessi reste l’un des symboles les plus marquants, pour enfin instaurer une gouvernance transparente, responsable et véritablement au service des Gabonais. La leçon de cette ère Ali Bongo est que la confiance ne se délègue pas à des « étrangers », quelle que soit leur compétence, mais se construit avec des institutions fortes et des citoyens engagés.











