Réuni en session ordinaire sous la présidence de Hans Augoula Avoungou, le Conseil départemental d’Etimboué a adopté son ambitieux Plan de développement local (PDL) 2026-2030. Mais derrière les 50 milliards de FCFA annoncés, la réalité budgétaire actuelle provoque la colère des élus.
Un constat « alarmant ». C’est par ces mots que le sénateur Georges Mpaga a justifié l’urgence du nouveau Plan de développement local (PDL). Pour les 10 500 habitants d’Etimboué, le quotidien est une épreuve : 60 villages sont privés d’eau et d’électricité, les routes sont impraticables la moitié de l’année et 80 % du territoire reste hors réseau de communication.
Face à ce désert infrastructurel, le PDL 2026-2030, adopté à l’unanimité, fixe des objectifs chocs : 95 % d’accès aux services de base d’ici 2030 et un désenclavement total du département.

Le PDL d’Etimboué vise l’accès aux services de base pour la majorité des populations.
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Le paradoxe du « département riche, budget pauvre »
L’adoption du budget prévisionnel 2026 a pourtant jeté un froid. Arrêté à seulement 275 millions de FCFA, il est jugé « insultant » par les conseillers au regard des richesses extraites du sol d’Etimboué. Pétrole, gaz, bois, pêche et tourisme : le département est un poumon économique du Gabon, mais les retombées locales sont quasi invisibles.
Le Conseil ne compte pas en rester là. Une note chiffrée sera transmise sous quinzaine au ministère du Budget pour exiger une dotation rectificative, basée sur la contribution fiscale réelle du territoire. L’objectif est d’instaurer un mécanisme de répartition plus équitable.
Offensive sur les créances et partenariats
Pour financer ses ambitions sans attendre l’aide de l’État, le Conseil passe à l’offensive. Près de 400 millions de FCFA de créances sont actuellement détenus par des opérateurs économiques locaux. Pour les recouvrer, l’institution a annoncé le recrutement de professionnels du droit et d’un cabinet spécialisé.
Le financement des 50 milliards du PDL reposera sur un mix stratégique : subventions publiques, mobilisation des ressources propres et, surtout, une contribution accrue des entreprises opérant dans la zone. À Etimboué, l’ère de la passivité semble révolue. Le département veut désormais transformer son potentiel en dignité pour ses populations.
Le secteur pétrolier face à ses responsabilités sociales
Le contraste est saisissant : alors que le Conseil départemental peine à boucler un budget de 275 millions de FCFA, les sous-sols d’Etimboué continuent de produire une part substantielle de la richesse pétrolière et gazière du pays. Jusqu’ici, les contributions des opérateurs au développement local étaient jugées « disparates » ou « insuffisantes » par les élus.
Avec le nouveau PDL de 50 milliards, la pression monte d’un cran. Le Conseil entend désormais : renégocier l’impact local ; sortir du simple mécénat ponctuel pour intégrer les entreprises dans le financement structurel des infrastructures (routes, électricité). Exiger la transparence : faire correspondre l’exploitation des ressources à une amélioration visible du niveau de vie. Mobiliser la RSE : transformer les budgets de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) en investissements directs dans les services de base.
Pour les autorités locales, le message est clair : les entreprises ne peuvent plus être des îlots de prospérité dans un département où 60 villages vivent encore dans l’obscurité.