Pendant quatorze ans, le Gabon a vécu sous un régime où l’État était méthodiquement dépouillé par un cercle restreint, familial et étranger, pendant que les services publics s’effondraient. Écoles délabrées, concours gelés, bourses supprimées, hôpitaux exsangues : Ali Bongo et son entourage ont laissé un pays exsangue, tandis que leurs comptes à l’étranger prospéraient. Les fonds du FMI destinés aux investissements sociaux finissaient dans des villas marocaines ou des immeubles londoniens. Tout cela est documenté, vérifié, incontestable.
Et pourtant, le 19 septembre 2026, les Gabonais ont découvert un Ali Bongo transfiguré, presque apaisé, parlant de mémoire, de dignité, de République, comme si son long règne n’avait jamais existé. Un discours d’une humanité inattendue, d’une douceur presque déroutante, mais totalement en contradiction avec son exercice du pouvoir. L’ancien président, soudain frappé d’amnésie, demande le respect qu’il n’a jamais accordé à ses concitoyens. Il invoque la République qu’il a affaiblie. Il défend la mémoire d’un père dont il a détruit le souvenir. Il parle de justice, de vérité, de réconciliation, comme si son propre bilan n’était pas un champ de ruines.
La parole d’un chef, un jour, se retourne contre lui
Ce contraste n’est pas seulement une ironie de l’histoire. C’est un enseignement majeur pour Oligui Nguema. Car le pouvoir n’est pas éternel, et la parole d’un chef, un jour, se retourne contre lui. Gouverner, c’est préparer le lendemain où l’on ne gouverne plus. C’est accepter que l’histoire jugera, sans complaisance, sans réécriture, sans larmes tardives. C’est comprendre que la République ne pardonne pas les amnésies, les faux repentirs, les mémoires sélectives. Un dirigeant qui méprise son peuple finit toujours par devenir un repoussoir de l’histoire, un homme qui parle trop tard, trop doucement, trop loin du réel.
Oligui Nguema doit entendre ce message : le pouvoir se quitte un jour, et ce jour-là, seuls comptent la vérité de l’action, la droiture des décisions, la fidélité à la nation. Ce que l’on fait aujourd’hui détermine ce que l’on peut dire demain. Ali Bongo parle aujourd’hui comme il aurait dû gouverner hier. À Oligui de gouverner aujourd’hui comme il voudra être entendu demain.
En posant son acte du 30 août 2023, il a évité un embrasement du Gabon. Plébiscité par les Gabonais, il devra rentrer dans l’histoire. Tout ne tient qu’à lui et à lui seul.
