Du 14 au 18 septembre 2026, le Gabon est animé par des Journées Portes Ouvertes dédiées à la sécurité sanitaire. Pourtant, derrière les sourires de façade et les discours officiels, la réalité des hôpitaux publics reste alarmante. Entre pannes de formation, accueil défaillant et défiance grandissante des usagers, le grand fossé entre la communication gouvernementale et le quotidien des malades est total.
Des halls d’accueil nettoyés à la hâte, des kakemonos colorés et des officiels coupant des rubans. Depuis le 14 septembre 2026, les structures sanitaires du Gabon ouvrent grand leurs portes pour célébrer la sécurité du patient. Une opération de séduction institutionnelle prévue pour durer cinq jours.
Mais à l’intérieur des services, là où la vie ne tient parfois qu’à un fil, le vernis craque déjà. Pour les professionnels du secteur et les associations de défense des malades, le constat est sans appel : la sécurité d’un patient ne se décrète pas à coups de slogans publicitaires une fois par an. Elle se vit, se finance et se construit chaque jour, au cœur même du système de santé gabonnais.

L’accueil : le premier maillon d’une chaîne brisée
Lors du lancement de ces journées, une voix s’est élevée pour ramener le débat à la dure réalité du terrain. Une infirmière, bravant le protocole, a résumé le problème en une phrase percutante : « La sécurité du patient passe d’abord par son accueil. »
Ce diagnostic simple pointe du doigt une mécanique grippée. Au Gabon, franchir le seuil d’un hôpital public s’apparente trop souvent à un parcours du combattant. De l’orientation initiale à la prise en charge médicale, en passant par le suivi, le malade se retrouve fréquemment livré à lui-même, naviguant à vue dans des couloirs administratifs et médicaux saturés.
Le grand défi de la formation continue
Pour Aminata Ondo, présidente de l’Association Gabonaise contre les Risques Médicaux (ASCORIM), le problème est structurel. Elle dénonce avec force le manque criant de spécialisation et l’insuffisance du recyclage professionnel au sein des équipes soignantes.
Le constat est technique mais implacable : un diplôme d’État obtenu il y a dix ou vingt ans ne suffit plus à garantir la sécurité des soins actuels. Les protocoles évoluent, les technologies médicales changent, mais les budgets alloués à la formation continue, eux, restent les grands oubliés des politiques publiques. L’absence de suivi rigoureux des agents de santé après leur sortie des écoles de formation crée un vide computationnel majeur dans l’évaluation de la qualité des soins dispensés.
Les questions qui dérangent le ministère
Face à cette vitrine promotionnelle, la société civile et les praticiens pressent le ministère de la Santé de répondre à des interrogations beaucoup moins confortables que les bilans des tables rondes :
• Combien de personnels bénéficient réellement d’une mise à niveau chaque année ?
• Quels mécanismes d’indemnisation ou de recours existent lorsqu’un patient subit une erreur médicale ou un préjudice grave ?
• Que fait-on des alertes et des dysfonctionnements majeurs remontés par les soignants eux-mêmes ?
Tant que ces questions resteront sans réponse, les opérations « portes ouvertes » risquent d’être perçues comme de simples manœuvres de diversion face aux urgences du quotidien.
La facture de la défiance : quand le malade fuit l’hôpital
La conséquence directe de ces dysfonctionnements chroniques est une crise de confiance profonde entre la population et son système de santé. Face à la peur d’un accueil glacial, de frais cachés ou d’une erreur de diagnostic, de nombreux Gabonais choisissent de retarder leur prise en charge, quitte à aggraver leur état de santé.
Ouvrir les portes des hôpitaux pendant cinq jours est une initiative louable pour sensibiliser. Mais le véritable défi commence le 19 septembre, lorsque les projecteurs s’éteindront. Le Gabon n’a plus besoin de célébrer la sécurité sanitaire, il doit urgemment lui donner les moyens d’exister pour chaque garde, dans chaque service, et pour chaque citoyen.













