Passer du diplôme à l’atelier, du savoir-faire à l’indépendance financière. C’est le défi majeur qui sous-tend la nouvelle phase du programme national « Une Femme, Une Formation, Un Métier ». Reçues en audience cette semaine par Zenaba Gninga Chaning, ministre du Commerce, des PME/PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, les équipes de l’initiative citoyenne K’elle Pour Elle ont plaidé pour un changement radical de paradigme : substituer à la logique des simples rapports d’activités celle de l’impact économique réel.
Former une femme en zone rurale ou périurbaine est une victoire symbolique. Lui donner les moyens de vivre de son art est un impératif économique. À Mayumba, localité côtière du sud du Gabon qui a servi de laboratoire à l’initiative, le bilan d’étape présenté à la ministre est éloquent. Des dizaines de femmes maîtrisent désormais la haute couture, l’esthétique ou la restauration. Pourtant, sur le terrain, un mur invisible se dresse dès la fin de l’apprentissage : l’absence criante de capital initial.
Pour de nombreuses Gabonaises, le manque de ressources financières bloque net toute velléité entrepreneuriale. Apprendre à coudre sans machine, ou maîtriser les techniques de restauration sans fourneau condamne ces compétences à l’oubli. C’est pour briser ce cercle vicieux que les responsables de K’elle Pour Elle ont sollicité l’appui institutionnel de l’État pour l’octroi systématique de « kits de démarrage ».
Le « Kit de démarrage » : Le chaînon manquant de l’insertion
L’argumentation développée devant le ministère repose sur une réalité pragmatique : l’entrepreneuriat féminin au Gabon ne souffre pas d’un déficit de volonté, mais d’un déficit d’outils. Donner un kit de couture ou un ensemble de coiffure professionnelle à une jeune diplômée, c’est transformer instantanément une chercheuse d’emploi en créatrice de valeur.
Cette approche résonne fortement avec les priorités du ministère de tutelle. En tant que marraine et ambassadrice de K’elle Pour Elle Mayumba, Zenaba Gninga Chaning connaît les rouages de cette économie de subsistance qui ne demande qu’à se formaliser. L’enjeu n’est plus d’aligner des statistiques de participation à des séminaires, mais de mesurer le nombre de micro-entreprises qui paieront, demain, des patentes locales.
Vers un déploiement national standardisé
Séduite par les résultats de la phase pilote de Mayumba, la ministre a réaffirmé le soutien de son administration pour structurer le déploiement du programme à l’échelle nationale. Les discussions ont ainsi jeté les bases d’une stratégie d’extension géographique qui devrait toucher d’autres provinces du pays dans les prochains mois.
Ce rapprochement entre l’appareil d’État et les structures associatives pose une exigence de performance inédite. La réussite de cette politique publique ne se mesurera pas au nombre de certificats distribués sous les applaudissements, mais à la capacité de ces femmes à générer un revenu stable, à s’émanciper du secteur informel précaire et à devenir les pivots du développement de leurs communautés.
