Les premières secousses de la crise énergétique liée au conflit au Moyen-Orient se font désormais sentir dans le ciel européen. La compagnie aérienne néerlandaise KLM Royal Dutch Airlines a annoncé l’annulation de 160 vols au départ et à destination de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol au cours de ce mois de mai.
L’information, relayée par AeroXplorer, illustre les premières conséquences concrètes de l’explosion des coûts du kérosène sur les compagnies européennes, alors que les tensions géopolitiques continuent de perturber les marchés énergétiques mondiaux.
Cette coupe représente certes à peine 1% du programme européen du transporteur néerlandais, mais derrière ce chiffre, apparemment modeste, se cache une réalité beaucoup plus brutale : le prix du kérosène s’envole à un rythme inédit. Depuis l’embrasement du conflit impliquant l’Iran et les tensions dans le Golfe, les marchés énergétiques sont sous pression. Le carburant aviation en Europe est passé de 831 dollars la tonne avant la crise à plus de 1 800 dollars quelques semaines plus tard, une hausse vertigineuse qui fragilise l’équilibre financier des compagnies aériennes.
À cela s’ajoute la fermeture de plusieurs corridors aériens au Moyen-Orient. Résultat : de nombreux avions doivent contourner les zones de conflit, rallongeant les trajets de plusieurs heures et augmentant mécaniquement la consommation de carburant. Le même jour, le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a lancé un avertissement particulièrement alarmant. Selon lui, l’Europe pourrait ne disposer que de quelques semaines de réserves de carburant aviation si les perturbations persistent autour du Détroit d’Ormuz.
Une déclaration qui contraste avec le ton plus rassurant adopté jusqu’ici par plusieurs gouvernements européens. Chez Air France-KLM, on tente encore de calmer le jeu. La compagnie assure qu’il n’existe pas de pénurie immédiate et que les passagers concernés seront réaffectés sur d’autres vols. Mais en coulisses, le groupe prépare déjà plusieurs scénarios en cas d’aggravation de la crise. Les liaisons vers Dubaï, Riyad et Dammam restent par ailleurs suspendues sur certaines périodes.
Lufthansa, de son côté, prépare également des réductions de capacité. D’autres compagnies européennes pourraient suivre si la crise énergétique continue de s’aggraver. Le moment est particulièrement délicat, cette vague de restrictions intervient à l’approche des vacances de printemps et de plusieurs jours fériés aux Pays-Bas, une période traditionnellement marquée par une forte affluence dans les aéroports.
Pour l’heure, l’Europe évite encore la paralysie. Mais après les chaînes d’approvisionnement, l’inflation et les tensions géopolitiques, c’est désormais le transport aérien qui commence à ressentir les turbulences d’un conflit dont les répercussions dépassent largement le Moyen-Orient. Et cette fois, ce ne sont plus seulement les marchés qui vacillent, ce sont déjà les avions qui restent cloués au sol.


