Le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) a accueilli, le 29 avril dernier, la réunion du Comité Recherche-Développement du Projet Manioc. Cette rencontre, s’inscrivant dans la phase 2 du PRASAC, marque une volonté ferme de transformer cette culture vivrière en un véritable moteur économique pour le pays.
Le manioc n’est plus seulement une base alimentaire au Gabon, il devient un enjeu de souveraineté. Ce lundi 29 avril, le CENAREST est devenu le centre névralgique de cette ambition en abritant la réunion du Comité Recherche-Développement (CRD) dédiée à la phase 2 du Pôle régional de recherche appliquée au développement des systèmes agricoles d’Afrique centrale (PRASAC). L’objectif est de dynamiser les plateformes nationales pour passer d’une agriculture de subsistance à une filière industrielle performante.
Un véritable pont entre laboratoire et terrain. En effet, l’événement a rassemblé un panel diversifié : chercheurs, experts agronomes, responsables agricoles et partenaires financiers. Dans son allocution d’ouverture, Christian Mikolo Yobo, représentant du Commissaire général du CENAREST, a rappelé que la science ne peut rester isolée. Pour lui, le succès de cette transition repose sur le renforcement des liens entre la recherche fondamentale et les acteurs de terrain. Il a notamment salué l’engagement des autorités nationales, dont le soutien constant permet aujourd’hui d’orienter la recherche vers des solutions concrètes pour une agriculture à la fois durable et compétitive, capable de répondre aux standards du marché régional.
Transformer les acquis scientifiques en impacts réels
A l’issue de travaux intenses, le Dr Richard Ekazama, Délégué national du PRASAC, a dressé un bilan très positif. Saluant des échanges « francs et constructifs », il a souligné que l’heure n’est plus seulement à la théorie. L’enjeu majeur de cette Phase 2 est la transformation : faire en sorte que les variétés améliorées et les nouvelles techniques de culture sortent des stations de recherche pour atterrir dans les plantations des paysans gabonais.

Le Dr Ekazama a insisté sur trois piliers essentiels pour l’avenir de la filière : l’augmentation de la productivité à l’hectare ; la valorisation des produits dérivés (farine, amidon, transformation locale) ; la structuration des chaînes de valeur pour garantir des revenus stables aux producteurs.
Un levier de développement socio-économique
Cette rencontre ne constitue pas une simple réunion technique, elle marque un tournant stratégique. En posant les bases d’une collaboration multisectorielle, le Gabon affiche son ambition de faire du manioc un levier de croissance.
Au-delà de la sécurité alimentaire, c’est tout un écosystème économique qui se dessine, promettant création d’emplois et réduction des importations. Le défi est désormais lancé : faire du manioc le fer de lance d’un développement social et économique inclusif.
Le manioc au Gabon : les chiffres d’un géant endormi
Pour comprendre l’importance des travaux du PRASAC et du CENAREST, il faut observer le poids de cette culture dans le paysage socio-économique.
1er produit de base. Le manioc représente plus de 80 % de la production alimentaire de base au Gabon.
Consommation record. Avec une moyenne estimée à près de 150 kg par habitant et par an, le Gabon figure parmi les plus gros consommateurs de la sous-région.
Dépendance et opportunité. Malgré un fort potentiel, le pays importe encore une partie de ses produits transformés. L’objectif de la Phase 2 est de réduire cette dépendance en augmentant les rendements moyens qui stagnent souvent autour de 10 tonnes/hectare, alors que la recherche permet de viser 25 à 30 tonnes.
Impact social. Plus de 60 % des exploitations agricoles familiales gabonaises cultivent le manioc, faisant de cette filière le premier gisement d’emplois en zone rurale, particulièrement pour les femmes.
Objectif PRASAC Phase 2. Structurer la filière pour passer d’une vente de tubercules bruts à une transformation locale (farine panifiable, gari, amidon industriel), augmentant ainsi la valeur ajoutée de 40 % à 60 % pour les producteurs.


