À l’approche du 1er octobre, Journée internationale des personnes âgées, Jean Frederic Ndong Ondo pose une question qui dépasse la seule célébration : que faisons-nous réellement de ceux qui ont consacré une partie de leur vie à bâtir et faire fonctionner la Nation? Derrière les hommages aux « anciens », une réalité plus préoccupante apparaît : pour de nombreux retraités, la vieillesse reste associée aux difficultés financières, aux démarches administratives et à une forme de marginalisation sociale.
Dans sa réflexion, Jean Frederic Ndong Ondo met d’abord en évidence un paradoxe. Au Gabon, les personnes âgées bénéficient encore d’une considération culturelle importante. Mais ce respect traditionnel ne suffit pas toujours à garantir des conditions de vie dignes. Après plusieurs décennies de travail dans l’administration, les services publics, les entreprises ou les différents secteurs de l’économie, le passage à la retraite peut ainsi devenir, pour certains, le début d’une nouvelle épreuve.
Le premier problème soulevé est celui de la pension. Lorsque son montant ne correspond plus au coût réel de la vie, le retraité doit continuer à arbitrer entre dépenses essentielles. Alimentation, logement, transport, soins et soutien éventuel à la famille deviennent autant de charges difficiles à assumer. À cette pression financière peuvent s’ajouter les retards de paiement et les démarches administratives qui transforment parfois l’accès à un droit en parcours éprouvant.
La formule de Jean Frederic Ndong Ondo résume l’enjeu avec force : « la pension n’est pas une aumône, c’est un droit. » Une personne qui a consacré des années au fonctionnement de la collectivité ne devrait pas avoir à vivre sa retraite comme une faveur accordée par l’administration.
Du respect proclamé au respect concret
C’est probablement là que se trouve le cœur de la réflexion. Le respect des anciens ne peut rester une valeur culturelle invoquée dans les discours, les cérémonies ou à l’occasion du 1er octobre. Il doit pouvoir se mesurer dans les actes les plus ordinaires de la vie quotidienne.
Un retraité qui doit attendre longuement dans une administration, multiplier les déplacements pour résoudre un dossier ou subir les mêmes contraintes qu’une personne plus jeune dans certaines situations n’a pas nécessairement le sentiment d’être considéré. La dignité commence aussi par la manière dont une institution accueille celui qui vient solliciter un service auquel il a droit.
Les propositions avancées par Jean Frederic Ndong Ondo prennent alors tout leur sens : carte officielle permettant des réductions dans les transports publics, accès prioritaire et adapté aux guichets administratifs, meilleure prise en compte des personnes âgées dans les structures de santé. Ce sont des mesures relativement simples, mais susceptibles d’alléger concrètement le quotidien d’une population dont les déplacements et les dépenses de santé peuvent devenir plus difficiles avec l’âge.
Mais la question ne se limite pas au portefeuille. Elle concerne également la place du retraité dans la société. Trop souvent, la fin de la carrière professionnelle semble être assimilée à une sortie de la vie publique. Or, partir à la retraite ne signifie pas cesser d’être citoyen. L’expérience acquise dans une administration, une entreprise, une école, un hôpital ou une institution constitue encore une richesse pour la collectivité.
Jean Frederic Ndong Ondo le formule clairement : « rejeter l’expérience, c’est priver la Nation de sa boussole et de sa mémoire. » Cette remarque mérite d’être prise au sérieux. Une société qui éloigne systématiquement ses anciens du débat public se prive d’une partie de son histoire et de la transmission entre générations. Les retraités ne doivent donc pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires de prestations, mais comme des citoyens dont la parole et l’expérience peuvent encore contribuer à la vie nationale.
Vers un véritable pacte national avec les aînés
Le 1er octobre peut ainsi devenir davantage qu’un rendez-vous symbolique. Il peut être l’occasion de s’interroger régulièrement sur les conditions de vie des retraités et sur l’efficacité des politiques mises en place à leur endroit.
La question des pensions demeure centrale, mais elle doit s’inscrire dans une politique plus large : accès aux soins, mobilité, simplification administrative, protection sociale, accompagnement et participation à la vie collective. L’objectif n’est pas de créer une catégorie de citoyens privilégiés, mais de tenir compte des besoins particuliers liés à l’âge.
Surtout, il faut éviter que la reconnaissance des aînés se limite à une journée annuelle. Une société cohérente doit pouvoir honorer ses anciens tout au long de l’année, par des mécanismes concrets et durables. Le 1er octobre devrait donc être moins le moment des déclarations que celui du bilan : qu’a-t-on réellement amélioré depuis l’année précédente ?
La dignité, un test de solidarité nationale
La réflexion de Jean Frederic Ndong Ondo renvoie finalement à une question qui dépasse les seuls retraités. Elle interroge le contrat social entre les générations. Les actifs d’aujourd’hui sont les retraités de demain. Les conditions réservées aux aînés disent donc aussi quelque chose de la société que les générations actuelles sont en train de construire.
Le respect véritable ne se proclame pas seulement. Il se traduit par une pension versée dans les délais, des soins accessibles, des démarches simplifiées, une écoute institutionnelle et la possibilité de continuer à participer à la vie de la Nation. Honorer ceux qui ont contribué à bâtir le Gabon, ce n’est pas seulement leur rendre hommage lorsqu’ils ont vieilli. C’est leur permettre de vieillir avec leurs droits, leur place dans la société et la dignité qu’ils ont eux-mêmes contribué à transmettre aux générations suivantes.
