Dans un libre propos publié sur Facebook ce mardi 22 septembre 2026, le sénateur Georges Mpaga alerte sur les risques économiques, sociaux, environnementaux et de souveraineté liés aux terres rares de Maboumine et au corridor d’Ozouri, tout en posant sept « lignes rouges » censées encadrer la transition énergétique au Gabon. Mais derrière la pertinence des enjeux soulevés, une question dérange : un sénateur doit-il faire de Facebook son principal espace d’interpellation politique ?
Dans son texte, Georges Mpaga commence par rappeler le « coup du manganèse et du pétrole » : plus de 70 ans d’extraction, mais une pauvreté persistante autour des puits et des mines. Il situe le gisement polymétallique de Maboumine comme un test majeur de la Vème République, en expliquant le rôle stratégique des terres rares dans la transition énergétique mondiale et la dépendance actuelle de l’Europe vis-à-vis de la Chine.
Il détaille ensuite les enjeux économiques du MoU signé avec l’Indonésie, dénonçant un modèle de simple exportation de concentré brut, faiblement rémunérateur pour le Gabon, et plaidant pour une transformation locale des aimants permanents, créatrice de milliers d’emplois et d’une véritable filière industrielle à Lambaréné, Ozouri et Port-Gentil. Sur le plan social, il insiste sur les terres coutumières myènè, fang et akélé, la nécessité d’emplois locaux, de formation des jeunes, et les risques sanitaires liés à l’uranium et au thorium. Sur le plan environnemental, il alerte sur les dangers de transport fluvial sur l’Ogooué, de stockage à ciel ouvert à Ozouri et de contamination durable de la lagune Nkomi, site Ramsar et nourricerie halieutique.

Enfin, il énonce sept « lignes rouges » : transparence totale du contrat, consultations publiques préalables, campagne nationale d’information, étude d’impact intégrée « mine-to-port » incluant la radioactivité, partage des revenus et transformation locale, respect des droits coutumiers, et obligation de fabrication d’aimants au Gabon. Sans ces conditions, affirme-t-il, il « dira NON au nom du peuple d’Etimbouè ».
Un sénateur du peuple… ou un sénateur du buzz ?
Le fond du propos est sérieux, structuré, documenté. Mais un constat s’impose : Georges Mpaga s’exprime de manière quasi permanente sur Facebook. Sa page est devenue un canal privilégié de dénonciation, d’alerte, de mise en garde. Or, un sénateur n’est pas un influenceur en quête de « j’aime » et de « vues ». Il est un représentant du peuple, doté d’un mandat institutionnel et d’outils formels pour interpeller le gouvernement.
Le paradoxe est frappant : celui qui revendique une proximité fraternelle et amicale avec le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, choisit de transformer Facebook en mur des lamentations plutôt que d’utiliser pleinement la tribune du Sénat, les commissions, les questions orales, les rapports, les résolutions. En se lamentant sur les réseaux sociaux, il s’adresse à qui ? Il attend quelles solutions ? Celles de ses abonnés, de ses partages, de ses commentaires ?
Les populations d’Etimbouè n’attendent pas seulement des textes bien écrits sur Facebook ; elles attendent des actes, des interpellations formelles, des décisions, des suivis. La Vème République ne peut se contenter de « sénateurs du buzz », brillants en ligne mais timides dans l’hémicycle. Si les enjeux soulevés par Georges Mpaga sont aussi graves qu’il le dit, alors leur place naturelle est au cœur du débat parlementaire, face au gouvernement, et non pas seulement sur une page Facebook, aussi suivie soit-elle.
Un sénateur qui confond réseau social et institution républicaine risque, à terme, de transformer une cause légitime en simple agitation numérique. Et le Gabon n’a pas besoin de plus de tapage numérique : il a besoin de résultats.












