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[Tribune libre ] Jeunesse gabonaise : de la crise de l’emploi à la refondation du modèle économique

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Le chômage des jeunes constitue aujourd’hui l’un des défis les plus importants auxquels est confronté le Gabon.

Alors même que le pays dispose d’importantes ressources naturelles et d’un revenu par habitant parmi les plus élevés d’Afrique subsaharienne, une part importante de la jeunesse peine à accéder à un emploi stable et durable.

Cette situation révèle un paradoxe préoccupant : un pays relativement riche mais dont une partie significative de la jeunesse reste exclue des opportunités économiques.

Le défi de l’emploi des jeunes ne relève pas uniquement de la politique sociale. Il touche à la compétitivité économique, à la cohésion nationale, à la stabilité sociale et à la crédibilité des politiques publiques.

La question centrale est désormais la suivante : comment transformer le potentiel de la jeunesse gabonaise en moteur de croissance et de développement ?

I. Diagnostic : comprendre les causes du chômage des jeunes

Le chômage des jeunes trouve son origine dans plusieurs facteurs structurels : inadéquation entre les formations et les besoins de l’économie ; insuffisance de l’enseignement technique et professionnel ; faible articulation entre universités et entreprises ; concentration des opportunités économiques dans quelques centres urbains ; dépendance historique à des secteurs peu créateurs d’emplois ; difficultés d’accès au premier emploi. Les statistiques disponibles montrent que les jeunes demeurent la catégorie la plus touchée par le chômage.

II. Le défi de la transformation économique du Gabon

Le modèle économique gabonais a longtemps reposé sur les revenus pétroliers et extractifs.

Si ces secteurs ont permis de soutenir les finances publiques, ils ont également montré leurs limites en matière de création d’emplois.

Le développement futur du Gabon passe désormais par : l’industrialisation ; la transformation locale des matières premières ; l’agriculture moderne ; le numérique ; l’économie verte ; les services à forte valeur ajoutée.

Cette transformation doit devenir le principal moteur de création d’emplois pour la jeunesse.

III. Préparer la jeunesse aux métiers de demain

Les métiers de demain ne seront pas nécessairement ceux d’aujourd’hui.

Le système éducatif doit progressivement intégrer : les technologies numériques ; l’intelligence artificielle ; la cybersécurité ; la maintenance industrielle ; les énergies renouvelables ; les métiers de la transformation industrielle. Le développement des formations en alternance et des partenariats avec les entreprises doit devenir une priorité nationale.

IV. Adapter le Code du travail pour faciliter l’accès au premier emploi

L’accès au premier emploi demeure l’un des principaux obstacles à l’insertion professionnelle des jeunes.

L’objectif d’une réforme du Code du travail n’est pas de diminuer les droits des travailleurs mais de créer des mécanismes adaptés aux primo-demandeurs d’emploi.

L’ancien Code du travail de 1994 était souvent considéré comme plus souple pour les recrutements, tandis que le Code de 2021 a renforcé la protection des salariés.

Toutefois, de nombreuses observations montrent que cette réforme n’a pas produit d’effets significatifs sur l’insertion professionnelle des jeunes.

Plusieurs critiques sont souvent formulées: Complexité des procédures d’embauche pour certaines entreprises; Perception d’un déséquilibre entre flexibilité économique et protection sociale.

Une révision ciblée du code du travail pourrait permettre de corriger ces limites sans remettre en cause les principes fondamentaux du droit du travail. Aussi, la réforme future doit rechercher un équilibre entre : protection des travailleurs ; compétitivité des entreprises ; création d’emplois.

Proposition d’articles pour une réforme du Code du travail

Article 1 : Contrat d’insertion professionnelle des jeunes

Il est institué un contrat d’insertion professionnelle destiné aux jeunes primo-demandeurs d’emploi âgés de 18 à 35 ans.

Ce contrat vise à faciliter l’accès à une première expérience professionnelle et à renforcer l’employabilité des jeunes.

Article 2 : Durée du contrat d’insertion

Le contrat comprend : une période d’essai maximale de deux mois ; une période de contrat à durée déterminée pouvant aller jusqu’à six mois ; une évaluation finale des compétences acquises. Le contrat peut être transformé en contrat à durée indéterminée lorsque les conditions sont réunies.

Article 3 : Accompagnement professionnel

L’employeur assure un encadrement professionnel du jeune recruté et veille à la transmission des compétences nécessaires à son insertion durable.

Article 4 : Priorité nationale dans l’emploi

À qualifications et compétences équivalentes, la priorité est accordée aux travailleurs nationaux dans l’accès aux emplois disponibles sur le territoire national.

Article 5 : Transfert obligatoire des compétences

Toute entreprise employant des travailleurs étrangers doit mettre en œuvre un programme de transfert de compétences au profit des travailleurs gabonais.

Article 6 : Promotion de la formation professionnelle

L’État encourage la participation des entreprises aux dispositifs de formation professionnelle et d’alternance.

Article 7 : Incitations à l’embauche

Les entreprises recrutant des jeunes primo-demandeurs d’emploi peuvent bénéficier :

d’allègements fiscaux ; d’exonérations temporaires de charges sociales ; d’aides à la formation; d’avantages dans l’accès à certains marchés publics.

Article 8 : Fonds national d’insertion professionnelle

Il est créé un Fonds national destiné à financer les stages, l’alternance, la reconversion professionnelle et l’entrepreneuriat des jeunes.

V. La reconversion professionnelle : une nécessité stratégique

Tous les diplômés ne trouveront pas nécessairement un emploi dans leur domaine de formation initial.

La reconversion professionnelle : un levier stratégique contre le chômage

Dans un contexte de chômage persistant, la reconversion professionnelle apparaît comme l’un des outils les plus efficaces pour améliorer l’employabilité des jeunes et répondre aux besoins réels de l’économie.

Elle consiste à permettre aux demandeurs d’emploi d’acquérir de nouvelles compétences dans des secteurs porteurs lorsque leur formation initiale ne correspond pas aux opportunités disponibles sur le marché du travail.

Au Gabon, cette démarche est particulièrement importante en raison du décalage observé entre certaines filières universitaires et les besoins des entreprises dans les domaines techniques, industriels, numériques, agricoles ou énergétiques.

La reconversion professionnelle présente plusieurs avantages. Elle permet de réduire le chômage plus rapidement qu’une réforme complète du système éducatif, d’améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande de travail, de valoriser le capital humain national et de préparer la jeunesse aux métiers de demain.

Elle contribue également à réduire la dépendance vis-à-vis de l’emploi public en orientant davantage les jeunes vers le secteur privé, les métiers techniques et l’entrepreneuriat.

Ainsi, la reconversion professionnelle ne doit plus être considérée comme une solution de secours, mais comme un véritable instrument de politique publique au service de l’emploi, de la compétitivité économique et de la diversification de l’économie gabonaise.

Former, reconvertir et insérer doivent désormais constituer les trois piliers d’une stratégie nationale durable de lutte contre le chômage des jeunes.La reconversion professionnelle doit devenir un outil majeur de la politique de l’emploi.

Elle peut permettre d’orienter rapidement les jeunes vers les secteurs en croissance.

Propositions pour le Gabon

Le Gabon pourrait mettre en place un Programme national de reconversion professionnelle des jeunes, articulé autour de plusieurs axes : identification des secteurs en tension ; formations courtes certifiantes ; partenariats avec les entreprises ; accompagnement vers l’emploi ; soutien à l’entrepreneuriat ; suivi de l’insertion professionnelle.

Ce programme pourrait être financé par le futur Fonds national d’insertion professionnelle et mis en œuvre en partenariat avec les entreprises, les centres de formation et les collectivités locales.

VI. Le rôle central des entreprises

La création d’emplois repose principalement sur le secteur privé.

Les entreprises occupent une place essentielle dans toute politique de l’emploi. Si l’État peut créer un cadre favorable, élaborer des réformes et mettre en place des dispositifs d’accompagnement, ce sont avant tout les entreprises qui créent durablement les emplois et transforment les compétences en opportunités économiques.

Dans le contexte gabonais, leur implication est indispensable pour répondre au défi du chômage des jeunes et accompagner la transformation économique du pays.

Les points saillants

1. Les entreprises sont les principaux créateurs d’emplois

La fonction publique ne peut absorber à elle seule l’ensemble des demandeurs d’emploi. Le secteur privé doit donc devenir le principal moteur de création d’emplois, notamment pour les jeunes diplômés et les primo-demandeurs d’emploi.

2. Elles facilitent l’acquisition de l’expérience professionnelle

L’une des principales difficultés rencontrées par les jeunes est le manque d’expérience. Les entreprises sont les mieux placées pour offrir : des stages ; des contrats d’insertion ; des formations en alternance ; des premiers emplois. Elles constituent ainsi le premier maillon de l’insertion professionnelle.

3. Elles participent à la formation des compétences

Les entreprises ne doivent plus être de simples recruteurs, mais également des partenaires de la formation professionnelle.

Le rapprochement entre entreprises, universités et centres de formation permettrait de mieux adapter les compétences aux besoins réels du marché du travail.

4. Elles favorisent le transfert de compétences

Dans les secteurs où interviennent des experts étrangers, les entreprises ont un rôle déterminant à jouer dans la transmission du savoir-faire aux travailleurs gabonais.

Ce transfert de compétences contribue à renforcer l’autonomie technique nationale et à améliorer l’employabilité des jeunes.

5. Elles soutiennent la diversification économique

Le développement de nouvelles activités dans les domaines du numérique, de l’industrie, de l’agriculture, de la transformation du bois, des mines ou des énergies renouvelables dépend largement de l’investissement privé.

Plus les entreprises se développent, plus elles créent d’emplois et de richesses.

6. Elles contribuent à la stabilité sociale

L’emploi demeure le meilleur outil de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la précarité.

En recrutant davantage de jeunes, les entreprises participent directement à la cohésion sociale et à la stabilité du pays.

Les contreparties que l’État pourrait accorder

Afin d’encourager les entreprises à participer activement à la politique nationale de l’emploi, plusieurs mesures pourraient être envisagées : allègements fiscaux pour l’embauche des jeunes ; exonérations temporaires de charges sociales ; subventions à la formation professionnelle ; accès prioritaire à certains marchés publics ; dispositifs de financement préférentiels pour les entreprises créatrices d’emplois.

La lutte contre le chômage des jeunes ne peut reposer exclusivement sur l’État. Elle nécessite une mobilisation du secteur privé, véritable moteur de la création d’emplois et de la croissance économique.

Sans entreprises dynamiques, il n’y a pas d’emplois durables. Sans emplois durables, il ne peut y avoir ni prospérité économique, ni stabilité sociale. Les entreprises doivent donc être considérées comme des partenaires stratégiques de la politique nationale de l’emploi et du développement du Gabon.

L’État doit mettre en place un environnement favorable à l’investissement et à l’embauche.

VII. Rééquilibrer les opportunités sur l’ensemble du territoire

L’emploi ne peut être concentré uniquement à Libreville et dans quelques grands centres urbains.

Une politique ambitieuse doit favoriser : les pôles économiques régionaux ; les centres de formation décentralisés ; les zones industrielles régionales ; le développement des collectivités locales.

VIII. Le coût économique et social du chômage des jeunes

Le chômage des jeunes représente : une perte de productivité ; une diminution des recettes fiscales ; une augmentation des dépenses sociales ; un risque pour la stabilité sociale.

Le chômage des jeunes ne constitue pas uniquement un problème individuel affectant les personnes à la recherche d’un emploi. Il représente également un coût considérable pour l’économie nationale, les finances publiques et la stabilité sociale du pays.

Au Gabon, où la jeunesse représente une part importante de la population, la persistance d’un chômage élevé prive l’économie de milliers de compétences, d’initiatives et de capacités de production qui pourraient contribuer à la croissance et au développement national.

Un manque à gagner pour l’économie nationale

Chaque jeune sans emploi représente une force de travail non utilisée et une richesse potentielle qui n’est pas créée.

Lorsqu’une partie importante de la population active demeure sans activité productive : la production nationale diminue ; la consommation des ménages ralentit ; l’investissement privé est affecté ; la croissance économique est freinée. Le chômage des jeunes devient ainsi un véritable frein au développement économique du pays.

Une perte de recettes pour l’État

L’absence d’emploi réduit également les recettes publiques.

Un jeune sans emploi : ne paie pas ou peu d’impôts ; contribue moins aux systèmes de protection sociale ; participe moins à l’activité économique formelle.

À grande échelle, cette situation entraîne une diminution des recettes fiscales et sociales dont l’État a besoin pour financer les infrastructures, l’éducation, la santé et les politiques publiques.

Une augmentation des dépenses sociales

Le chômage engendre également des coûts indirects pour les finances publiques.

Lorsque les opportunités économiques sont insuffisantes, l’État doit souvent accroître ses interventions à travers : les programmes sociaux ; les aides à l’insertion ; les dispositifs de soutien aux populations vulnérables ; les programmes de formation et de réinsertion.

Ces dépenses, bien que nécessaires, représentent une charge supplémentaire pour le budget national.

Un facteur de pauvreté et de précarité

Pour de nombreux jeunes, l’absence d’emploi signifie : absence de revenus réguliers ; dépendance financière vis-à-vis de la famille ; difficultés d’accès au logement ; impossibilité de constituer une épargne ; retard dans la création d’un foyer. Cette situation fragilise les conditions de vie et contribue à l’expansion de la précarité.

Le développement du secteur informel

Face à l’absence d’opportunités dans le secteur formel, de nombreux jeunes se tournent vers des activités informelles.

Bien que ces activités permettent souvent de générer des revenus de subsistance, elles présentent plusieurs limites : faible protection sociale ; revenus instables ; faible productivité; contribution fiscale limitée. L’expansion excessive du secteur informel peut ainsi ralentir la modernisation de l’économie.

Un risque pour la stabilité sociale

L’histoire économique montre que le chômage massif des jeunes peut devenir une source de tensions sociales.

Une jeunesse instruite mais durablement exclue du marché du travail peut développer : un sentiment de frustration ; une perte de confiance envers les institutions ; un découragement face aux perspectives d’avenir. Sans constituer automatiquement une menace pour l’ordre public, cette situation peut fragiliser la cohésion nationale et alimenter les tensions sociales.

Un frein à la transformation économique du Gabon

Le Gabon ambitionne de diversifier son économie, de développer son industrie, de renforcer son secteur numérique et d’accélérer sa transformation structurelle.

Or, aucune de ces ambitions ne peut être pleinement réalisée sans une jeunesse qualifiée, active et intégrée au marché du travail.

Le chômage des jeunes réduit la capacité du pays à mobiliser son capital humain, pourtant considéré comme la ressource la plus précieuse pour le développement à long terme.

Le chômage des jeunes ne doit pas être considéré comme une simple statistique sociale. Il constitue un coût économique majeur, une perte de richesse nationale et un défi stratégique pour l’avenir du Gabon.

Chaque jeune qui accède à un emploi contribue à la création de valeur, à l’élargissement de l’assiette fiscale, au renforcement de la cohésion sociale et à la croissance économique.

Lutter contre le chômage des jeunes n’est donc pas seulement une politique sociale : c’est un investissement dans la prospérité, la stabilité et l’avenir du Gabon.

Il constitue également une perte de richesse nationale et un frein à la croissance économique.

IX. Recommandations stratégiques

1. Réformer progressivement le système éducatif.

2. Développer massivement l’enseignement technique.

3. Moderniser le Code du travail.

4. Créer un contrat d’insertion professionnelle.

5. Encourager l’embauche des jeunes.

6. Renforcer les partenariats avec les entreprises.

7. Développer les nouveaux métiers.

8. Soutenir l’entrepreneuriat.

9. Créer un Fonds national d’insertion.

10. Mettre en place un observatoire national de l’emploi.

Conclusion générale

L’emploi des jeunes constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du Gabon.

Le pays dispose des ressources, du potentiel humain et des moyens nécessaires pour inverser durablement la tendance.

La réussite de cette transformation dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des entreprises, du système éducatif et de la société dans son ensemble à construire un nouveau pacte national pour l’emploi.

Le Gabon ne manque ni de richesses ni de talents. Le véritable défi consiste désormais à créer les conditions permettant à chaque jeune Gabonais de participer pleinement à la construction du développement national.

Par Mve Moundounga Ernestine, Sociologue

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