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Gabon : pour sa souveraineté halieutique, l’Etat rompt les amarres de son accord de pêche avec l’Union européenne

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Le protocole de pêche historique liant la République gabonaise à l’Union européenne (UE) est officiellement arrivé à expiration ce dimanche 28 juin 2026. En choisissant de ne pas reconduire ce traité vieux de près de vingt ans, le gouvernement pose un acte fort de souveraineté économique. Sous l’impulsion du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, Libreville entend clore l’ère des partenariats asymétriques pour imposer une nouvelle doctrine : la valorisation stricte et la transformation locale de son « or bleu ».

C’est un séisme feutré dans les eaux de la diplomatie maritime. L’annonce, formulée par la délégation de l’Union européenne à Libreville, acte la fin d’un feuilleton stratégique entamé un an plus tôt. En juin 2025, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait en effet engagé une procédure de dénonciation unilatérale de cet Accord de partenariat de pêche durable (APPD), qualifié alors de « profondément déséquilibré ».

Face à cette fin de non-recevoir, Bruxelles tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Dans une communication officielle diffusée sur ses canaux numériques, la représentation européenne s’est dite « disposée à aborder les préoccupations exprimées ces derniers mois de façon constructive et transparente ». L’Union européenne affiche ainsi sa disponibilité à remettre le couvert, mais sur de nouvelles bases, évoquant la possibilité de négocier un accord de « nouvelle génération » débouchant sur un cadre « rénové, équilibré et efficace ».

Dix-neuf ans d’exploitation pour un bilan jugé dérisoire

Pour comprendre le coup de sang des autorités gabonaises, il faut remonter à la genèse de ce partenariat scellé en 2007. Conçu à l’origine pour rationaliser l’accès des thoniers et navires de surface européens à la Zone économique exclusive (ZEE) du Gabon, l’accord s’est progressivement transformé en un marché de dupes aux yeux du palais du Bord de mer.

Reconduit en 2021 pour une enveloppe globale estimée à 17 milliards de francs CFA (environ 26 millions d’euros) sur cinq ans, le traité offrait un rendement financier dérisoire au regard de la richesse pillée. Le compte rendu du Conseil des ministres de juin 2025 avait d’ailleurs dressé un réquisitoire implacable contre ce dispositif : « Le président de la République a notamment relevé que les recettes issues de cet accord ne compensent ni la valeur réelle des captures, ni les coûts assumés par l’État en matière de surveillance et de contrôle, ni les pertes de valeur ajoutée dues à l’absence de transformation locale. »

Le spectre de la surexploitation et de l’opacité scientifique

Au-delà du simple préjudice financier, Libreville a également soulevé de graves entorses à la durabilité et au codéveloppement. Le gouvernement a fustigé la faiblesse chronique des investissements européens dans les infrastructures portuaires nationales, la création d’emplois locaux ou le transfert de compétences pour les marins gabonais.

Plus inquiétant encore, l’absence de mécanismes transparents de pesée et de suivi scientifique faisait peser une menace directe de surexploitation sur les stocks de poissons de l’Atlantique. Pour le Gabon, qui cherche à sanctuariser ses écosystèmes tout en développant sa propre industrie, laisser des navires usines étrangers écumer ses eaux sans contrôle rigoureux était devenu intenable.

Le virage de l’industrialisation locale face aux marchés de la ZLECAF

La non-reconduction de ce protocole marque une rupture doctrinale majeure dans la stratégie de diversification de l’économie gabonaise. Libreville ne souhaite plus être un simple fournisseur de matières premières brutes exportées vers les conserveries européennes.

Le message envoyé à l’international est limpide : quiconque souhaite exploiter les ressources halieutiques du pays devra désormais investir localement, construire des usines de traitement sur le sol gabonais et intégrer la main-d’œuvre nationale. Dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), cette industrialisation de la filière pêche s’impose comme un pivot incontournable pour bâtir une économie résiliente, indépendante et résolument tournée vers l’avenir.


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