Le Gabon a officiellement mis fin à son accord de pêche avec l’Union européenne, dénonçant un partenariat jugé déséquilibré et financièrement dérisoire, après 19 ans de collaboration. Cette décision, portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, vise à reprendre le contrôle de la Zone économique exclusive et à développer une industrie halieutique nationale. Le gouvernement gabonais mise désormais sur l’industrialisation locale, tandis que Bruxelles se dit ouverte à la négociation d’un nouvel accord.
C’est un pavé dans les eaux feutrées de la diplomatie thonière. Le Gabon a officiellement décidé de ne pas reconduire son Accord de partenariat de pêche durable (APPD) avec l’Union européenne (UE), mettant un terme à près de deux décennies de compagnonnage maritime. Pour le président de la République, ce mécanisme n’était plus tenable. Qualifié à demi-mot d’escroquerie économique, l’accord est jugé profondément préjudiciable pour les finances et la souveraineté nationales.
Des miettes financières face au pillage des ressources
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et illustrent le désenchantement de Libreville. Paraphé pour la première fois en 2007, et renouvelé en 2021 pour une enveloppe globale de 17 milliards de FCFA (environ 26 millions d’euros) étalée sur cinq ans, l’accord ne rapportait au Gabon qu’un peu plus de 3 milliards de FCFA par an. Une somme dérisoire face au potentiel halieutique du pays. En contrepartie, jusqu’à 33 thoniers européens, principalement espagnols et français, étaient autorisés à jeter leurs filets dans les eaux gabonaises.
L’autre point de friction majeur réside dans le manque de transparence. Une opacité persistante entoure les volumes réels de poissons capturés et exportés par la flotte européenne. Les autorités et la population gabonaise devaient se contenter des déclarations de l’UE, souvent jugées invérifiables sur le terrain, faute de mécanismes de suivi scientifique partagés et indépendants. Cette absence de contrôle rigoureux faisait peser un risque environnemental majeur de surexploitation des stocks de thon.
Face à cette rupture, la délégation de l’Union européenne à Libreville a tenté de temporiser. Via ses canaux officiels, Bruxelles s’est dite disposée à aborder ces préoccupations de façon « constructive et transparente ». L’UE affirme rester ouverte à la négociation d’un accord de « nouvelle génération », promettant un cadre rénové, plus équilibré et mutuellement bénéfique.
Le cap vers la souveraineté maritime et l’industrialisation
Pour le président Oligui Nguema, le point de non-retour semble pourtant franchi. Cette dénonciation marque un pivot stratégique majeur : le Gabon refuse désormais d’être un simple réservoir de matières premières exportées sans valeur ajoutée. Libéré des contraintes de l’ancien protocole, le pays entend reprendre en main son destin maritime autour de trois piliers fondamentaux : l’industrialisation nationale, à travers la création d’une véritable filière et d’une flotte thonière gabonaise ; l’obligation de débarquement et de transformation locale des produits de la mer sur le sol national ; la valorisation de la chaîne de valeur pour générer des milliers d’emplois directs et indirects pour les citoyens.
En érigeant la souveraineté économique en priorité absolue, les autorités gabonaises font le pari de l’autonomie. Reste désormais à concrétiser cette ambition en attirant de nouveaux investissements capables de bâtir les usines et les ports de pêche qui feront du Gabon le véritable patron de ses eaux.
En savoir plus sur Gabonclic.info
Subscribe to get the latest posts sent to your email.