Alors que le pays s’apprête à célébrer le 66ème anniversaire de son indépendance, une autre bataille, plus silencieuse mais cruciale, se joue au Stade d’Angondjé : celle de la souveraineté économique. Entre parfum de jus artisanaux et cliquetis des stands en construction, la deuxième édition de la Foire de l’Indépendance s’apprête à rassembler le génie de neuf provinces. Derrière l’effervescence festive, c’est le cri de ralliement d’un peuple qui tente de se réapproprier sa terre, ses assiettes et son destin financier à travers le « Made in Gabon ».
L’air est encore frais ce mercredi 12 août 2026 sur la pelouse et les abords du Stade de l’Amitié Sino-Gabonaise d’Angondjé. Pourtant, l’effervescence est déjà palpable. Les marteaux s’activent, les structures métalliques s’élèvent et l’odeur du bois fraîchement coupé envahit l’espace. Dans moins de quarante-huit heures, ce géant de béton se transformera en une ruche humaine. Zenaba Gninga Chaning, ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, vient de donner le coup d’envoi des préparatifs de la 2e édition de la Foire commerciale de l’Indépendance. Du 14 au 19 août, les célébrations de l’accession à la souveraineté internationale ne seront pas seulement mémorielles : elles se battront sur le terrain de la souveraineté économique.
Le réveil des neuf provinces
Derrière les chiffres alignés par l’organisation, soit 600 stands prévus, une ambition de 20 000 visiteurs, se cache une véritable cartographie du savoir-faire gabonais. Des confins du Woleu-Ntem aux forêts des l’Ogooué-Lolo, des producteurs, des artisans et des coopératives convergent vers la capitale. L’objectif est de briser l’isolement des producteurs de l’intérieur du pays et court-circuiter les réseaux d’importation qui saturent habituellement les étals.

« Il est question maintenant de mettre en avant tout ce qui est fait dans le pays », a martélé Zenaba Gninga Chaning. Ses mots résonnent comme un manifeste. Pour la ministre, l’enjeu dépasse le simple folklore des festivités nationales. Il s’agit de reconnecter les Gabonais avec leur propre terre, à un moment où la diversification économique est devenue une urgence vitale pour le pays.
L’artisanat local, des étals aux assiettes
Sur les tables de la foire, la bataille de la consommation locale se jouera d’abord sur le terrain des saveurs. Oubliez les produits standardisés importés à grands frais. Cette année, la vedette est tenue par les confitures de fruits tropicaux locaux, les jus artisanaux pressés aux saveurs du terroir et les glaces aux parfums d’ici.
Ce choix de mettre en avant l’agroalimentaire et la petite transformation n’est pas anodin. C’est dans ces secteurs que se construisent les fondations d’une économie résiliente. En incitant les Librevillois à modifier leurs habitudes de consommation, l’événement voudrait créer un cercle vertueux : consommer gabonais pour financer l’emploi gabonais. Pour pimenter le tout, des concours d’art culinaire et l’élection de Miss Foire commerciale viendront lier l’utile à l’agréable, transformant l’acte d’achat en une fierté culturelle.
Une foire inclusive pour briser les barrières
Mais comment transformer une louable intention politique en succès populaire ? L’État a choisi d’agir sur le levier le plus puissant : le portefeuille. Le modèle économique de cette édition a été entièrement pensé pour inclure ceux qui font l’économie informelle ou de subsistance. Les femmes commerçantes, piliers des marchés locaux, bénéficient d’un tarif ultra-préférentiel de 15 000 FCFA pour l’intégralité des cinq jours. Une opportunité unique de sortir de la précarité et de s’exposer aux côtés des PME (250 000 FCFA) et des grandes entreprises (1,5 million de FCFA).
Pour fluidifier l’accès, la Direction générale du Commerce a également joué la carte de la bureaucratie zéro. « L’inscription sera la plus simplifiée possible », promet M. Nzengue, le directeur général. Pas de paperasse interminable, les services techniques demandent simplement à connaître le secteur d’activité et la nature des produits.
Relever le défi logistique du Grand Libreville
Le dernier verrou à faire sauter restait celui de la distance. Le Stade d’Angondjé, situé au nord de la capitale, peut s’avérer prohibitif pour les bourses modestes des quartiers périphériques. La réponse gouvernementale prend la forme d’un vaste plan de transport gratuit.
Durant cinq jours, des lignes de bus gratuites mailleront le Grand Libreville. De Ntoum à Owendo, en passant par le PK12, Nzeng-Ayong, la SNI et jusqu’au secteur de Boulokobwe-Cap Estérias, des navettes achemineront les vagues de visiteurs à l’aller comme au retour. Une logistique lourde, pensée pour transformer l’événement en une grande fête populaire, accessible au plus grand nombre, incluant une caravane médicale et des espaces de jeux pour les enfants.
Inscrire le « Made in Gabon » dans la durée
Après une première tentative en 2024, cette édition 2026 marque un tournant. Le gouvernement ne veut plus d’un coup d’éclat sans lendemain, mais bien d’un ancrage structurel. L’ambition affichée est d’institutionnaliser ce rendez-vous annuel pour en faire un baromètre de la production nationale, un lieu de recensement et d’accompagnement des forces vives du pays.
En appelant les entrepreneurs, les coopératives et l’ensemble de la population à «s’approprier cette initiative », Zenaba Gninga Chaning espère poser la première pierre d’une vitrine permanente. Reste maintenant à savoir si les consommateurs répondront présents au rendez-vous de l’histoire économique de leur pays. Éléments de réponse dès le 14 août.











