L’extension des voies d’accès dans le nord de Libreville se heurte à une vive contestation des résidents. Entre déficit de communication et craintes d’expropriations massives, le climat social se détériore.
À Okala, la colère a supplanté l’attente et l’incompréhension est désormais totale. Le vendredi 5 juin dernier, les représentants des lignées foncières locales se sont rassemblés au sein d’un établissement du quartier pour exprimer publiquement leur vive opposition aux modalités d’exécution du projet d’élargissement de l’axe routier Okala-Delta. Les protestataires pointent du doigt un manque flagrant d’informations préalables, le mutisme persistant des institutions municipales et le caractère jugé coercitif du marquage au sol des habitations promises à la démolition. Une opération menée, à les en croire, sans qu’aucune consultation citoyenne d’envergure n’ait été organisée.
Le rejet du fait accompli
Il convient de lever toute équivoque : la communauté villageoise ne s’oppose en rien à la modernisation des infrastructures routières. Aucun habitant ne plaide pour le statu quo ou le déclin de cette périphérie urbaine. L’insatisfaction générale cible exclusivement la méthode gouvernementale, l’opacité administrative et la relégation des propriétaires au rang de simples spectateurs d’une mutation structurelle qui menace directement leurs fondements existentiels.
Le cœur du litige repose sur un constat indiscutable : les administrés n’ont enregistré aucune communication transparente et n’ont pas été impliqués dans les processus décisionnels de ce grand chantier d’utilité publique. Cette mise à l’écart est si profonde qu’elle frappe également les autorités de l’administration déconcentrée. Le responsable administratif du secteur reconnaît avoir été maintenu dans une totale ignorance du dossier. « Nous ne critiquons pas ce qui se passe, mais il faut la manière », a martelé Gabriel Obiang Otoghe, insistant sur le fait qu’une planification d’une telle ampleur exige des phases de dialogue social en amont afin d’éviter la panique.
Le spectre d’une destruction patrimoniale
Sur cette indigence communicationnelle se greffe une incertitude technique majeure qui cristallise les angoisses : la redéfinition unilatérale des emprises routières. Si les prévisions initiales tablaient sur une réserve foncière de 3 mètres de part et d’autre des voies, les projections actuelles évoquent désormais une emprise de 15 mètres de chaque côté de l’asphalte. Cette modification technique substantielle suscite l’effroi au sein de la communauté, qui redoute une déstructuration définitive de son tissu villageois.
« 15 mètres, ça va détruire tout le village », s’inquiète le porte-parole de la collectivité, résumant l’angoisse des foyers menacés.
En arrière-plan de cette résistance citoyenne demeure le traumatisme du sort des résidents de Plaine-Orety, derrière l’Assemblée nationale. Ce précédent est perçu comme le symbole des relocalisations défaillantes, des engagements financiers non tenus et du ressentiment populaire. Les propriétaires coutumiers d’Okala refusent d’être les victimes d’un remake de ce scénario d’expropriation brutale.
Un recours vers le sommet de l’État
Face à l’imminence des travaux, le collectif se tourne vers la plus haute autorité de l’État et adresse une requête solennelle au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Les chefs de familles le conjurent de privilégier les mécanismes de justice sociale et de transparence. Ils réclament la tenue d’audiences de clarification pour les sinistrés avant tout engagement irréversible des engins sur le chantier, réitérant que leur but n’est pas d’entraver le progrès national, mais d’en être des partenaires respectés. Pour Gabriel Obiang Otoghe et ses pairs, l’action publique doit conjuguer impératif de modernisation et respect de la dignité humaine.
La pédagogie comme remède
Afin d’éviter une impasse sociale préjudiciable, il apparaît indispensable que le gouvernement déploie sans délai une démarche de haute pédagogie. L’ouverture de couloirs de médiation institutionnelle, doublée d’explications techniques individualisées, permettrait de désamorcer les tensions. Le progrès technique ne prend tout son sens que lorsqu’il s’accompagne d’un dialogue constructif, garant de la paix sociale et de l’équité pour tous les citoyens.
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