La fièvre de la transformation locale des matières premières s’empare du continent africain. Alors que le Gabon vient de sceller un accord historique avec le groupe français Eramet pour valoriser son manganèse, le Zimbabwe prend une longueur d’avance. Harare vient de rendre opérationnelle sa toute première usine de transformation de lithium, dont le pays est le premier producteur en Afrique. Une étape cruciale pour mettre fin à l’exportation de ses richesses minières à l’état brut.
Au Zimbabwe, la stratégie de rupture avec le modèle extractiviste colonial passe à la vitesse supérieure. Le gouvernement, qui avait déjà suspendu ses exportations de lithium brut non transformé en février 2023, voit ses paris industriels porter leurs fruits.
Les sociétés minières accélèrent désormais la construction de leurs infrastructures de traitement en Afrique australe. L’objectif est d’être pleinement opérationnelles avant l’entrée en vigueur de l’interdiction totale et effective des exportations de sulfate de lithium brut, fixée à janvier 2027.
Goromonzi, vitrine africaine du sulfate de lithium
Sans surprise, c’est un acteur chinois qui mène le bal, la Chine s’imposant comme le premier fabricant mondial de véhicules électriques et le principal débouché du lithium zimbabwéen. L’entreprise Prospect Lithium Zimbabwe (PLZ) a investi 400 millions de dollars pour sortir de terre une usine ultra-moderne à Goromonzi, à une trentaine de kilomètres de la capitale, Harare. Il s’agit de la toute première usine de sulfate de lithium à voir le jour sur le continent.
En parallèle, PLZ achève la construction d’une seconde unité dédiée au raffinage du carbonate de lithium. Cette étape intermédiaire est indispensable pour intégrer la chaîne de valeur mondiale et aboutir, à terme, à la fabrication complète de batteries électriques sur le sol zimbabwéen. Au-delà du lithium, treize autres minerais critiques, dont le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et les terres rares, subiront les mêmes restrictions à l’exportation brute dès le début de l’année prochaine.
L’effet domino : L’exemple du partenariat Gabon-Eramet
Cette transition industrielle fait écho à une prise de conscience globale sur le continent. Le modèle du Zimbabwe inspire d’autres géants miniers africains lassés de voir la valeur ajoutée et les emplois s’exporter.
L’exemple le plus récent vient du Gabon. En marge de la visite d’État en France du président Brice Clotaire Oligui Nguema, Libreville a signé un protocole d’accord historique avec le groupe minier français Eramet. Cet accord prévoit la construction d’une usine pilote pour transformer localement le manganèse gabonais en oxyde de manganèse de qualité batterie.
À l’horizon 2029, le Gabon ne sera plus un simple exportateur de minerai brut, mais un maillon clé de la transition énergétique mondiale. Du Zimbabwe au Gabon, l’Afrique redessine ainsi les règles du jeu industriel face aux puissances occidentales et asiatiques.
