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Gabon : Pour qui roule la communication présidentielle ?

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À peine trois mois après une première offensive médiatique en France, les porte-parole de la présidence gabonaise reprennent le chemin des plateaux internationaux. Une stratégie qui interroge : pourquoi la parole présidentielle semble-t-elle davantage destinée aux audiences françaises qu’au public gabonais ?

Le premier grand déploiement communicationnel des trois porte-parole de la présidence gabonaise en France remonte à février 2026. À l’époque déjà, cette présence médiatique massive avait suscité des interrogations surtout que le plan d’attaque était de justifier la suspension des réseaux sociaux. Au-delà des images de prestige et des séquences protocolaires, peu d’éléments concrets avaient été retenus par l’opinion publique gabonaise. Beaucoup y avaient surtout vu une opération d’exposition médiatique davantage tournée vers les loisirs diplomatiques que vers la valorisation de la fonction présidentielle.

Trois mois plus tard, bis repetita. Le 11 mai, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, un des porte-parole de la présidence de la République, était l’invité de Christelle Kelly sur CNEWS pour évoquer les relations bilatérales entre la France et le Gabon, les avancées en matière de gouvernance et le bilan du président Brice Clotaire Oligui Nguema après un an de pouvoir.

Mais une question demeure : pourquoi un membre du cabinet du président de la République, fusse-t-il porte-parole, se substitue-t-il au gouvernement, voire au ministère des Affaires étrangères, sur des sujets aussi sensibles que les relations diplomatiques ? Plus surprenant encore, pourquoi aller défendre le bilan de la gouvernance gabonaise devant des téléspectateurs français ? A-t-on déjà vu le porte-parole de l’Élysée multiplier les interventions sur des chaînes étrangères pour justifier le bilan d’Emmanuel Macron ?

Le marathon médiatique s’est poursuivi le 12 mai sur Global Africa Telesud, où le même Théophane Nzame-Nze Biyoghe s’est largement exprimé sur le cas d’Alain Claude Bilie-By-Nze, comme pour justifier l’arrestation du plus virulent opposant, il a déclaré sans sourciller : « Alain Claude Bilie-By-Nze est sous mandat de dépôt comme d’autres Gabonais. » Le lendemain, sur RFI face à Christophe Boisbouvier, il est revenu, une nouvelle fois, sur ce dossier sensible, donnant le sentiment que cette question occupait une place centrale dans son déplacement en France. Une posture délicate dans un contexte où la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice imposent une extrême prudence. Toute déclaration formulée au nom de la présidence peut en effet être perçue comme une orientation politique ou judiciaire.

À cela s’ajoutent des approximations qui fragilisent davantage la crédibilité de cette communication. Sur Africa 24, la porte-parole adjointe Mélodie Jennyfer Sambat a mis les pieds dans les plats en affirmant que le président avait « réhabilité les bourses au préscolaire », une déclaration largement critiquée et perçue comme une bourde révélatrice d’une maîtrise approximative des dossiers. En réalité, les bourses ont été rétablies dans l’enseignement secondaire, et non au préscolaire.

Le public gabonais relégué au second plan ?

La journaliste Joelle Ndong n’a pas tort de souligner que : « Le vrai débat n’est donc peut-être pas : “Fallait-il aller sur CNews ?” Le vrai débat est plutôt celui-ci : Pourquoi les médias gabonais ne bénéficient-ils pas du même niveau de parole politique, de régularité et de considération symbolique ? Parce qu’en communication politique, le choix des médias n’est jamais neutre. Il dit toujours quelque chose des publics que l’on considère comme prioritaires.»

Le débat semble alors posé. À travers cette stratégie médiatique, beaucoup ont le sentiment que le public gabonais n’est plus considéré comme prioritaire. Pourtant, le rôle d’un service de communication présidentielle ne consiste pas prioritairement à offrir de l’audience aux médias internationaux. Il est aussi de faire rayonner les médias locaux et de rapprocher la parole présidentielle du peuple gabonais.

Brice Clotaire Oligui Nguema travaille d’abord pour les Gabonais, non pour les audiences télévisuelles françaises. Les collaborateurs chargés de sa communication devraient avant tout valoriser et structurer sa parole institutionnelle et protéger son image. Le rôle d’un porte-parole n’est pas de commenter l’actualité mondaine ni de s’exprimer sur tous les sujets encore moins de se substituer au Gouvernement. Sa mission est d’annoncer les grandes décisions présidentielles et présenter l’agenda officiel de la première institution. Sur ce point, la stratégie actuelle apparaît, pour beaucoup d’observateurs, comme un échec de communication.

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