A l’inauguration du nouveau Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, Michel Essonghe, n’a pas seulement prononcé cette tribune lui a été accordée lors du repas au Palais des congrès Omar Nongo Ondimba. Il a ravivé une époque, rappelé une fidélité et salué, avec gravité, la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de renouer le fil de l’histoire nationale.
Dans un monde politique où la loyauté semble souvent soluble dans les intérêts du moment, Michel Essonghe apparaît comme une figure à part. Fidèle parmi les fidèles de feu Omar Bongo Ondimba, cet ancien compagnon de route du défunt chef de l’État continue, malgré le poids des années, à défendre une certaine idée de l’engagement politique : celle de la reconnaissance, de la constance et de la transmission.
Le 3 mai dernier, lors de l’inauguration du nouveau Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, Michel Essonghe a livré un discours dense, chargé d’histoire et d’émotion. Plus qu’une allocution protocolaire, son intervention ressemblait à un passage de témoin entre plusieurs générations politiques.
Dès les premières minutes, le ton était donné : « 1977-2026 : pratiquement 50 ans, à quelques mois près. Quel symbole ! Et surtout quelle histoire et quelle émotion… ». A travers ces mots, l’ancien dignitaire rappelait que ce site n’était pas un simple chantier architectural, mais un espace profondément enraciné dans la mémoire collective gabonaise.
La Cité de la démocratie, symbole d’un Gabon influent
Pour comprendre la portée de cette inauguration, il faut revenir à l’histoire. Le complexe de la Cité de la Démocratie avait été construit en 1976 à l’initiative du président Omar Bongo Ondimba afin d’accueillir le sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1977. Le site comprenait alors palais des congrès, salles de spectacles, espaces de réception et résidences destinées aux hôtes de marque.
Pendant des décennies, ce lieu a accueilli des événements majeurs de l’histoire politique du Gabon et du continent africain. Michel Essonghe l’a rappelé avec force : « C’est d’ici que l’Organisation de l’Unité Africaine prend son envol pour devenir l’Union Africaine. »
Mais en décembre 2013, le complexe fut détruit sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, dans la perspective d’un nouveau projet d’envergure qui ne verra finalement jamais le jour. Une disparition vécue par beaucoup comme un effacement brutal d’un pan de l’histoire nationale.
En décidant de ressusciter ce projet, le président Brice Clotaire Oligui Nguema entend aujourd’hui redonner au Gabon des infrastructures capables d’accueillir de grands rendez-vous internationaux, tout en réhabilitant un symbole historique majeur.
Un hommage à Omar Bongo, mais aussi un signal politique
Le cœur du discours de Michel Essonghe résidait précisément dans cette idée de continuité historique. Pour lui, baptiser ce nouvel édifice du nom d’Omar Bongo Ondimba dépasse largement le simple hommage.
« Cet ouvrage est un hommage historique au Président Omar Bongo Ondimba », a-t-il déclaré avant de saluer une décision qui « marque la continuité entre les générations ».
Dans son intervention, l’ancien collaborateur du défunt président a également établi un parallèle subtil entre l’héritage d’Omar Bongo et la vision portée aujourd’hui par Brice Clotaire Oligui Nguema. Selon lui, le nouveau Palais des Congrès constitue « un véritable trait d’union entre le passé, le présent et l’avenir ».
Cette lecture politique n’est pas anodine. Elle traduit la volonté du pouvoir actuel de s’inscrire dans une logique de réconciliation mémorielle, en assumant certaines pages de l’histoire nationale plutôt qu’en les effaçant.
Au-delà de l’hommage rendu aux bâtisseurs d’hier, le discours de Michel Essonghe a aussi révélé une volonté de réconcilier le Gabon avec sa propre mémoire politique. Une manière de rappeler qu’aucune nation ne peut durablement avancer en tournant le dos à son histoire.
Leçons d’hier pour le Gabon de demain
L’un des passages les plus marquants du discours reste sans doute l’anecdote personnelle racontée par Michel Essonghe sur Omar Bongo Ondimba. Une scène simple, presque intime, mais révélatrice d’une certaine culture politique aujourd’hui en voie de disparition.
« Quand tu échanges des mots avec un collègue ou un compatriote, si vous n’êtes pas d’accord, ne lui dis pas qu’il est menteur. Dis-lui qu’il s’est trompé… », lui aurait conseillé l’ancien président.
À travers ce souvenir, Michel Essonghe ne cherchait pas seulement à évoquer le passé. Il adressait aussi un message aux nouvelles générations : celui du dialogue, du respect de l’autre et de la recherche du consensus dans un climat politique souvent fracturé.
Car à mesure qu’il avance en âge, l’homme semble moins préoccupé par les honneurs terrestres que par l’état dans lequel sera laissé le Gabon aux générations futures. Chez lui, la fidélité n’est pas nostalgie ; elle devient devoir de mémoire et responsabilité nationale.
Le gardien d’une certaine idée du Gabon
Au fond, Michel Essonghe incarne peut-être l’une des dernières figures d’une époque où la fidélité politique était perçue comme une vertu et non comme une stratégie de circonstance. Son discours, applaudi dans la solennité du nouveau Palais des Congrès, avait la profondeur des hommes qui savent que les bâtiments ne valent que par la mémoire qu’ils portent.
Et lorsque sa voix s’est élevée pour conclure : « Il n’y a pas assurément de construction solide et pérenne sans fondations solides », beaucoup y ont vu bien plus qu’une formule. Une leçon d’histoire. Peut-être même un avertissement adressé à tout un pays.

