Face à l’onde de choc de la désinformation et des contenus haineux, le Gabon cherche la parade. En déplacement à Paris, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou, a scellé une alliance stratégique avec l’Arcom. Objectif : importer des outils de régulation de pointe pour dompter un espace numérique devenu une jungle informationnelle.
Le constat est sans appel : la révolution numérique galope, tandis que les institutions, elles, tentent de suivre le rythme à bout de souffle. Le 23 avril dernier, dans les bureaux de l’Arcom à Paris, l’heure était au partage d’artillerie. Reçu par Martin Ajdari, numéro deux du régulateur français, Germain Ngoyo Moussavou n’est pas venu pour une simple visite de courtoisie, mais pour une mission de « réarmement » technique.
Une menace transfrontalière, une réponse commune
Fake news, manipulations de l’opinion et discours de haine : le diagnostic est identique dans les deux pays et même dans le monde entier. « Il s’agit de faire face à l’explosion incontrôlée des contenus en ligne », a résumé le patron de la HAC. Dans un Gabon en pleine transition, où les réseaux sociaux sont devenus le premier champ de bataille de l’opinion, l’enjeu est vital: comment protéger l’ordre public sans museler la liberté d’expression ?
La réponse réside dans la coopération. L’Arcom s’est engagée à ouvrir ses boîtes à outils à son homologue gabonais. Transfert de technologies, partage d’expertises juridiques et renforcement des capacités des équipes de Libreville : l’alliance se veut concrète.
Le défi de l’Intelligence Artificielle : la nouvelle frontière
Au cœur des échanges, un sujet s’est imposé par son urgence : l’essor de l’Intelligence Artificielle (IA). Avec l’apparition des deepfakes (vidéos ou audios truqués plus vrais que nature) et la génération automatisée de fausses nouvelles, le régulateur change de dimension. Il ne s’agit plus seulement de surveiller l’humain, mais de détecter la machine.
Pour Germain Ngoyo Moussavou, l’accès aux outils de l’Arcom doit permettre à la HAC d’identifier ces contenus hybrides avant qu’ils ne déstabilisent le débat public. Cette veille technologique est désormais le prolongement indispensable de la régulation classique, une arme nécessaire pour contrer une manipulation 2.0 de plus en plus sophistiquée.
Le « front d’Abidjan » en ligne de mire
Mais la bataille ne se gagnera pas en tête-à-tête. La réflexion amorcée à Paris est le prélude d’un mouvement plus large. En juin prochain, le rendez-vous est pris à Abidjan. Les régulateurs de l’espace francophone et africain s’y réuniront pour tenter de bâtir un bouclier commun.
L’ambition est claire : peser face aux géants du web (les GAFAM) et harmoniser les législations pour que le continent africain ne soit plus le maillon faible de la régulation mondiale. En multipliant ces offensives diplomatiques, Germain Ngoyo Moussavou envoie un signal fort : au Gabon, l’impunité numérique touche à sa fin.


