Après plus de dix ans à la tête du football gabonais, Pierre-Alain Mounguengui brigue un quatrième mandat. Une longévité qui, loin de rassurer, interroge : que reste-t-il aujourd’hui du football gabonais ? Sinon, un champ de ruines sportives, institutionnelles et morales !
Élu en 2014, reconduit en 2018, puis en 2022, le président sortant de la Fédération gabonaise de football (Fégafoot) s’accroche. Sa candidature, déposée le 18 mars 2026, intervient dans un climat de défiance, mais tout semble déjà verrouillé. Le système de parrainage – sept soutiens requis – est sous contrôle. Avec 11 clubs acquis, l’élection ressemble moins à une compétition qu’à une formalité.
Pour Dieudonné Ndoumbou, ancien président du Comité de normalisation (avril 2013-mars 2014) à la Fégafoot, « tout est réuni pour perpétuer le règne d’un président qui a montré ses limites. » C’est peu dire !
Douze ans de gestion, et le verdict est sans appel. Sur le terrain, le naufrage est total : CAN 2025, trois matchs, trois défaites, zéro point. Dans la foulée, une équipe nationale suspendue. Mais le plus grave est ailleurs. Le football amateur, féminin et, surtout, des jeunes est sinistré, alors que la fédération reçoit des subventions de la Confédération africaine de football (CAF) pour leur promotion. Depuis 2013, aucune sélection n’a émergé. « Les mêmes tournois depuis Mathusalem pour les mêmes échecs », dénonce Ndoumbou. Dix ans sans relève. Dix ans sans perspective.
Verrouillage du processus
Avec pourtant « 5 ou 10 fois plus de moyens financiers » que ses prédécesseurs, le système Mounguengui n’a rien bâti. Ni politique de formation, ni structuration durable. Le championnat vacille, les clubs survivent, les arbitres manquent d’équipements. Même les bases du jeu ne tiennent plus. Pour Ndoumbou, le diagnostic est implacable : « Des dirigeants bricoleurs, préoccupés par l’argent du football que par le football lui-même. »
Mais la véritable force du système n’est pas sportive. Elle est politique. Modification des règles, verrouillage du processus, captation des parrainages : tout concourt à fabriquer une élection sans choix. Une mécanique dénoncée comme une « forfaiture », où l’allégeance l’emporte sur la compétence.
À cette faillite sportive et institutionnelle s’ajoute une crise morale. Les scandales révélés dans le football des jeunes, longtemps tolérés comme un « secret de polichinelle », ont durablement sali l’image du pays. Là encore, silence, inertie, absence de responsabilité.
Le football gabonais pris en otage
Le divorce avec l’opinion nationale est consommé. Les supporters, les acteurs, les observateurs ne s’y trompent plus. Ils voient un football qui s’effondre pendant que ses dirigeants s’accrochent, s’engraissent. Ils voient un système qui se protège au lieu de se réformer.
Une évidence s’impose désormais : Pierre-Alain Mounguengui a échoué sur tout ce qui fonde sa mission : résultats, formation, gouvernance, crédibilité.
Un quatrième mandat ne serait pas une continuité. Ce serait une insulte. Le football gabonais ne recule plus : il est pris en otage. Et son principal geôlier refuse de lâcher la clé. Un mandat de plus ? Non !
Avec Pierre-Alain Mounguengui, c’est le plongeon définitif du football gabonais dans les abysses de l’échec.


